Refoulé dimanche dernier du Congo (voir LLB 10 juillet) où il voulait présenter son documentaire "L’Affaire Chebeya, crime d’Etat ?" (1), le cinéaste belge Thierry Michel a reçu l’appui d’une série de parlementaires européens, qui l’ont reçu mardi pour une conférence de presse.

Au cours de celle-ci, il a nourri la thèse en filigrane de son film - l’assassinat du défenseur des droits de l’homme et de son chauffeur, le 1er juin 2010, est un crime d’Etat - en diffusant dans la salle de presse du parlement européen une portion d’interview qu’il a réalisée, au cours de laquelle un des policiers en fuite dans l’affaire Chebeya raconte comment ce dernier est mort. Des policiers ont été jugés et condamnés l’an dernier pour cet assassinat, mais pas le chef de la police, le général John Numbi, que les familles des victimes considèrent comme le commanditaire du double assassinat.

Dans l’extrait, le policier congolais en fuite indique avoir, ce jour-là, invité Floribert Chebeya dans son bureau alors que le défenseur des droits de l’homme, convoqué par le général Numbi, patientait pour être reçu. Le militant avait sous le bras, dit-il, un rapport sur les massacres, en 2007 et 2008, de militants de Bundu dia Kongo (opposition) au Bas-Congo, massacres conduits par le major Christian Ngoy et ses hommes, sous les ordres du général Numbi. Pendant que Chebeya attendait, dit le policier, "le major Christian et le colonel Daniel (Mukalay ) ont préparé" le double assassinat. Fidèle Bazana, le chauffeur, "a été tué à 18h30, parce que l’ordre était de tuer les personnes qui accompagneraient Chebeya". Puis "le major Christian et 8 de ses hommes sont entrés dans mon bureau pour prendre Chebeya. Ils l’ont cagoulé à partir de la réception", ce que le témoin a pu voir grâce aux caméras de surveillance, dont les images aboutissaient dans son bureau. "Il a été em mené là où le général Numbi met son auto. Je suis descendu et Bazana était déjà mort", étouffé par un sac en plastique enfoncé sur la tête et maintenu par du scotch. Le même traitement était appliqué à Chebeya "mais il résistait, il était très fort. J’ai dit que cet homme devait être reçu par le général Numbi. On m’a dit qu’il devait être tué par ordre militaire" avant de lui conseiller de se taire sur cette affaire. Floribert Chebeya mettra "25 minutes" à mourir.

Le policier interviewé par Thierry Michel a dessiné un plan de l’endroit de Mitendi - localité où fut retrouvé le corps de Chebeya - où le chauffeur a été enterré. Selon le témoin, "les ordres étaient de les enterrer tous les deux mais le colonel Daniel a dit d’enterrer seulement Bazana" afin de faire croire que celui-ci "avait assassiné Chebeya". Enfin, le général Numbi, dit le témoin, "a donné 10 000 dollars" aux assassins "qui ont fait la fête jusqu’à 8h du matin".

(1) Le DVD du film vient de sortir. Il est en vente à la boutique en ligne RTBF.