Le journaliste Roger Auque, otage des miliciens du Hezbollah libanais en 1983, dresse dans «Otages de Beyrouth à Bagdad» (*) un parallèle entre les situations du Liban d'hier et de l'Irak d'aujourd'hui. Son livre lève le voile sur certains aspects méconnus d'événements récents.

Comme Christian Chesnot et Georges Malbrunot, vous expliquez avoir eu lors de votre détention une aspiration vers la foi chrétienne. Vingt ans plus tard, cette rencontre a-t-elle été confortée?

Je n'étais pas croyant avant; je le suis devenu pendant ma captivité et je le suis resté. Je n'ai pas particulièrement nourri ma foi. Mais c'est quelque chose qui est en moi, qui m'aide beaucoup dans la vie de tous les jours, sans être mystique. C'est certainement la chose positive qui reste de cette épreuve; je n'en garde en revanche aucune chose négative.

Y a-t-il eu une rançon pour la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot?

Je ne parle pas de rançon. Il y a eu des «frais d'hébergement», un dédommagement qui a été donné aux ravisseurs. La France ne paye jamais de rançon directement. Elle a mis à contribution soit des milliardaires arabes pour les otages du Liban, soit Mouammar Kadhafi pour ceux de Jolo. Probablement que les Français n'ont pas eu besoin de donner plus qu'un bakchich parce qu'ils avaient identifié les ravisseurs - ils avaient les photos et les numéros de portable. Ils ont fait comprendre aux ravisseurs que leur intérêt était d'accepter ce qu'on leur donnait, sinon il pourrait y avoir des représailles.

Maintenant, que s'est-il passé pour Florence Aubenas? Y a-t-il une partie du groupe ayant détenu Chesnot et Malbrunot qui, se sentant flouée, a décidé de prendre en otage Florence Aubenas et son chauffeur pour justement demander une véritable rançon? Si c'est exact, pourquoi cela traîne-t-il? L'argent, c'est facile à donner... Y a-t-il d'autres exigences, plus difficiles à satisfaire, comme la libération de x prisonniers irakiens détenus par les Américains en Irak, des armes, la participation de la guérilla irakienne au paysage politique irakien? Tout est possible.

Faites-vous une distinction entre les terroristes et une résistance qui aurait une certaine légitimité?

Les six premiers mois après la chute du régime de Saddam Hussein, on a eu affaire à une véritable résistance irakienne, qui combattait des forces d'occupation. Aujourd'hui, cette «guérilla» est composée soit de fous d'Allah, islamistes extrémistes liés ou pas à Ben Laden, soit d'anciens officiers de Saddam Hussein nostalgiques de la dictature, tous combattant la liberté et la démocratie, tout simplement. Cette résistance du début est devenue une guérilla terroriste. Mais, même si cette résistance est financée par des réseaux extrémistes venus de l'étranger, si elle est manipulée par des services secrets des pays voisins, c'est quand même une résistance qui a des liens très forts avec les responsables religieux sunnites et avec les grandes tribus. A un moment donné, il faudra que ces responsables puissent faire partie du paysage politique. C'est évident. Mais ce n'est pas aux journalistes ou aux ex-otages de donner une crédibilité politique à ces guérillas et à ces groupes terroristes. Ce n'est pas à Malbrunot ou à Chesnot à donner une crédibilité aux preneurs d'otages. Ils auraient pu être égorgés par ces gens-là. Ils l'oublient.

(*) «Otages de Beyrouth à Bagdad, journal d'un correspondant de guerre», éd. Anne Carrière, environ 17€.

© La Libre Belgique 2005