Deux tiers des millionnaires chinois ont quitté la Chine ou ont le projet de le faire, révèle un rapport de Hurun, un site spécialisé dans l’étude des fortunes en République populaire de Chine. Un tiers des plus riches (ceux qui possèdent au moins 100 millions de yuans, soit 12 millions d’euros) ont déjà émigré.

Cet exode des fortunes fait écho à la fuite des cerveaux que la Chine connut dans les années 1980, à l’aube de la "politique de réforme et d’ouverture" : à l’époque, une forte proportion des étudiants chinois partis à l’étranger ne rentrait pas au pays dans l’espoir de goûter une vie plus confortable et plus libre en Occident. Depuis que les perspectives professionnelles sont devenues plus alléchantes dans une Chine en forte croissance économique, ce phénomène s’est tari. Et ce sont maintenant ceux qui ont le plus profité de la mutation chinoise qui cherchent désormais un pré plus vert ailleurs.

Pollution et scandales alimentaires

Ce n’est pas qu’une image car, parmi les motivations qui poussent les millionnaires chinois à partir, il y a la recherche d’une meilleure qualité de vie. Des scandales alimentaires à la pollution (qui rend l’air des villes irrespirable et contrarie l’activité économique en fermant périodiquement les aéroports), de la surpopulation aux infrastructures encore insuffisantes, la Chine fait fuir ceux qui ont les moyens de vivre dans un univers plus accueillant.

Selon l’âge des émigrants, la qualité de l’enseignement pour les enfants ou celle des équipements médicaux pour les seniors peut également être un critère décisif dans le choix de la destination. Nombre de candidats à l’exil resteraient, toutefois, motivés par le souci de mettre à l’abri une fortune qui n’est pas toujours légalement acquise. Alors que les autorités chinoises redoublent de vigueur dans la lutte contre la corruption, d’aucuns jugent plus prudent de se mettre hors d’atteinte.

Les Etats-Unis demeurent la terre d’asile préférée des Chinois, qui se tournent à défaut vers le Canada, l’Europe, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Singapour et Hong Kong. La Chine est le deuxième pourvoyeur d’immigrants aux Etats-Unis (après le Mexique) et le premier au Canada. En représentant 60 % des étrangers qui y obtiennent le droit de résidence permanente, les Chinois sont en passe de devenir la première communauté d’origine étrangère en Australie.

Investissements immobiliers

Cet exode commence à inquiéter Pékin, même si l’on sait que la diaspora chinoise ne coupe jamais les ponts et fera profiter la mère patrie de son succès outre-mer. Dans l’immédiat, le premier secteur à souffrir est l’industrie du luxe qui a vu ses ventes en Chine chuter de 15 % en 2013. Parallèlement, les acheteurs chinois sont devenus des acteurs majeurs sur les marchés immobiliers de Londres à New York et de Brisbane à… Bruxelles. Ils ont aussi raflé les trois quarts des visas que les Etats-Unis ont délivrés l’an dernier aux investisseurs étrangers.Philippe Paquet