Les leaders des communautés chrétiennes orthodoxe et catholique, ainsi que des communautés musulmane et juive de Bosnie ont lancé dimanche à Sarajevo un appel à la paix, lors d'un rare rassemblement interreligieux de cette envergure sur une terre qui souffre encore des séquelles des conflits des années 1990. En soulignant l'"attachement du peuple serbe à la construction de la paix", le patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe, Mgr Irinej, a souhaité que l'avenir des peuples des Balkans soit "libéré des expériences tragiques et douloureuses du passé". "Je souhaite profondément que les nouvelles générations évoluent sans le sentiment de haine et qu'elles soient protégées de la terrible expérience des conflits", a dit le leader de l'Eglise orthodoxe serbe, en s'exprimant devant plusieurs milliers de personnes assistant au lancement des rencontres annuelles de la communauté catholique Sant'Egidio. La guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-95), qui avait opposé les communautés serbes, croate et musulmane, a fait quelque 100.000 morts. Sur environ 3,8 millions d'habitants en Bosnie, on compte aujourd'hui environ 40% de musulmans, 31% de chrétiens orthodoxes et 10% de chrétiens catholiques.

"Nous devons porter en nous des graines de la paix et les semer partout où nous nous trouvons", a demandé plus tôt dans la journée Mgr Irinej devant des centaines de fidèles venus assister à une célébration religieuse dans la principale église orthodoxe à Sarajevo.

L'archevêque de Sarajevo, le cardinal Vinko Puljic, et plusieurs membres du clergé catholique local, ont également assisté à la liturgie dans l'explis orthodoxe.

"Je suis ravi de pouvoir assister à cette prière pour la paix, pour que l'être humain soit encore plus humain, pour que notre société soit plus morale et je vous remercie de cette unité", a lancé le leader de la communauté catholique en Bosnie.

En soulignant qu'"il n'y a jamais eu à Sarajevo autant d'énérgie spirituelle comment aujourd'hui", le leader de la communauté musulmane de Bosnie, Mustafa Ceric, a évoqué les victimes du conflit bosnien et notamment celles du siège de Sarajevo, qui a fait quelque 11.000 morts en près de quatre ans. "Ces victimes demandent notre devoir de soigner la paix et d'oeuvrer sur la réconciliation et elles exigent notre engagement sincère devant Dieu et devant l'Humanité pour que plus personne et nulle part au monde ne vive une telle tragédie", a dit le grand mufti Ceric.

Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant'Egidio et actuel ministre italien de la Coopération internationale et de l'intégration, a invité les communautés locales à la compassion pour les victimes des autres camps.

"Soyons honnêtes, les souvenirs sur la guerre sont différents, mais la douleur et la souffrance qui rongent tout le monde sont les mêmes. La douleur est gravée dans le coeur de tous et la douleur de chaque mère est la même, indépendamment de son appartenance ethnique ou religieuse", a dit M. Riccardi.

Le membre musulman de la présidence collégiale de Bosnie, Bakir Izetbegovic, s'est félicité de l'organisation des rencontres Sant'Egidio en Bosnie, en déclarant que son pays était "un carrefour des civilisations, le point le plus occidental de l'orthodoxie et de l'islam ainsi que le point le plus oriental du catholicisme". "Si une telle Bosnie meurt, mourra aussi un exemple de +vivre ensemble+ dans l'avenir", a-t-il dit.

Les rencontres de la communauté Sant'Egidio se déroulent jusqu'à mardi, avec au programme une trentaine de conférences axées notamment sur la pauvreté, l'immigration, la religion en Asie, le monde arabe ou le dialogue entre chrétiens et musulmans.