La milice des taliban, au pouvoir en Afghanistan, est un mouvement fondamentaliste d’«étudiants en religion » qui ne craignent qu’une chose: la colère de Dieu.

Les taliban ont émergé d’écoles coraniques sunnites en 1994 avec un objectif: rétablir l’ordre moral et religieux en Afghanistan après plusieurs années d’anarchie, consécutives au retrait de l’armée soviétique et aux affrontements entre factions de moudjahidine qui avaient été aidés par les Etats-Unis et le Pakistan.

Peu d’informations avaient filtré sur les taliban lorsqu’ils sont apparus dans la province de Kandahar (sud de l’Afghanistan) pour mettre de l’ordre et réprimer les trafiquants de cette région. Au départ, ils ont simplement été perçus comme une nouvelle faction de combattants, issue de l’ethnie pachtoune, majoritaire en Afghanistan.

Mais, très vite, ces «étudiants », issus d’écoles religieuses en Afghanistan et au Pakistan, se sont distingués par leurs bonnes intentions dans la lutte contre la corruption et ont gagné progressivement le soutien d’une population lasse de longues années de guerre.

Des liens ont alors été établis avec les puissants services de renseignements pakistanais (ISI) qui cherchaient à ramener un semblant de stabilité dans le pays voisin.

Utilisant des camionnettes Toyota venues notamment du Pakistan et d’Arabie Saoudite, les taliban ont remporté une série de succès militaires éclatants, notamment dans les provinces situées à la frontière pakistano-afghane.

En Octobre 1994, ils ont pris le contrôle de Kandahar, la province où s’est établi leur chef, le mollah Mohammad Omar. La prise de Kandahar a permis aux taliban de commencer à accomplir leur mission: la création d’un émirat islamique, exempt de toute influence occidentale, et la mise en oeuvre d’une interprétation très stricte du Coran et de l’Islam.

Les femmes reçurent l’ordre de se couvrir de la tête aux pieds et d’arrêter de travailler. Les hommes furent obligés de se laisser pousser la barbe et de prier cinq fois par jour. La musique fut interdite et les téléviseurs détruits, de même que fut lancée une lutte implacable contre toute forme d’idolatrie.

En septembre 1995, soit moins d’un an après la prise de Kandahar, les taliban marchaient dans Hérat, non loin de la frontière iranienne, après plusieurs batailles contre le chef local, Ismaël Khan, un allié du commandant Ahmed Shah Massoud, d’ethnie tadjike, qui était alors ministre de la Défense.

Un an plus tard (septembre 1996), ils chassaient de Kaboul tous leurs opposants et prenaient le contrôle de la capitale afghane, obtenant rapidement la reconnaissance du Pakistan, de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis.

Dans leur conquête du nord de l’Afghanistan, ils furent aidés par des volontaires pakistanais et arabes et reçurent une généreuse assistance financière de leur nouvel ami, Oussama ben Laden, un chef de guerre milliardaire d’origine saoudienne.

Vétéran de la guerre anti-soviétique et militant fondamentaliste, ben Laden avait vécu au Pakistan et dans l’est de l’Afghanistan pendant plusieurs années avant de s’établir à Kandahar, sous la protection des taliban.

Depuis qu’ils sont au pouvoir, les taliban, qui contrôlent plus de 90% du territoire afghan, ont ignoré toutes les pressions internationales liées notamment au respect des droits de l’homme, et deux batteries de sanctions des Nations Unies n’ont eu aucun effet sur le régime.

La lutte contre toute forme d’idolatrie, menée par l’aile dure des taliban, choqua le monde entier en mars dernier lorsque les nouveaux maîtres de l’Afghanistan firent détruire à l’explosif deux Bouddhas géants dans la région de Bamian (centre du pays). Les statues géantes avaient été sculptées il y a plus de 1.500 ans.