Mauvais timing. Tandis qu'il est attendu devant le Parlement européen ce 25 mai pour faire toute la lumière sur le «yachtgate» et ses vacances en compagnie du milliardaire grec Spiro Latsis, tandis que ce mercredi une «discussion d'orientation» doit avoir lieu entre commissaires européens sur la transparence et les règles d'éthique à la Commission (lire ci-contre), il apparaît que le Portugais Duro Barroso, Président de la Commission, est entouré de gardes du corps dont le statut doit être régularisé au regard des règles européennes.

Le 3 mars dernier, un quotidien portugais («Correio da Manh») relatait que Lisbonne continuait à mettre la main à la poche pour payer les salaires des cinq agents de sécurité personnels du Président de la Commission. Le montant global, selon la presse portugaise, avoisinerait les 6000 euros par mois. Surprise à la Commission, à Bruxelles, où ces agents - détachés de la «PSP», la police de sécurité nationale portugaise - ont été engagés sans avertir l'administration communautaire qu'ils touchaient une telle rétribution de la part de la police portugaise. « Ce montant, explique Françoise Le Bail, porte-parole du président Barroso, est le minimum requis pour conserver des droits dans leur corps de police d'origine. Il s'agit d'un émolument nécessaire et pas d'une double rémunération

«On ne savait pas»...

Dans la foulée de la parution de l'article détaillant la présence aux côtés de Barroso d'un commissaire de police, d'un sous-chef et de trois agents principaux, tous Portugais, le cabinet du Président avait indiqué, dans un premier temps, au secrétariat général de la Commission, ne rien savoir de ces doubles paiements. Des informations que le cabinet de José Manuel Barroso n'a pas souhaité commenter mardi après-midi. C'est que le statut ne permet pas aux fonctionnaires, agents assimilés ou temporaires, de percevoir «

une rémunération, (...) un don, de quelque nature qu'ils soient » d'une autre instance que de l'autorité publique européenne. Ce genre de cumul est formellement interdit par l'article 11 (Titre II) du guide réglementant le statut des fonctionnaires européens.

Pourtant, sur un plan «technique», cette interdiction de cumuler les indemnités n'est pas absolue et peut être contournée en introduisant une demande de dérogation auprès de l'administration, ce qui est le cas par exemple pour certains conseillers et fonctionnaires détachés nationaux. Selon Françoise Le Bail, une demande en ce sens aurait été introduite en mars auprès de l'administration (soit plus de cinq mois après l'entrée en fonction de la Commission Barroso!) « parce que personne n'avait pris conscience qu'il y avait besoin d'une dérogation »...

Sur un plan «éthique», cinq fonctionnaires de grade «C» (entre 2722 et 3586 euros par mois) touchant ensemble une mensualité de 6000 euros du Portugal, sans l'avoir indiqué à quiconque lors de leur engagement, cela soulève quelques interrogations. A un moment où l'Exécutif communautaire se bat pour redorer son blason, « ce n'est pas terrible du point de vue de l'image de la Commission », concède un observateur averti. Si l'administration européenne décrète l'incompatibilité des deux indemnités, les cinq gardes portugais seront tenus de rembourser.

Euro 2004

Barroso, l'initiateur du «sommet des Açores», a déjà été la cible de menaces. En juin 2004, à Lisbonne, alors qu'il était Premier ministre du Portugal, des réseaux islamistes auraient projeté de monter un attentat contre lui pendant la phase finale de l'Euro 2004 de football. D'où des préoccupations quant à sa sécurité. Le Portugais, surveillé nuit et jour, aurait demandé dix-huit gardes du corps lorsqu'il fit le saut de Lisbonne à Bruxelles, ce qui lui fut refusé pour raisons budgétaires. Les cinq agents qui lui ont été dévolus constituent «

une équipe très limite compte tenu qu'il faut assurer pour lui une protection 24h/24 », estime un spécialiste de ce type de missions. Pour pouvoir opérer légalement sur le territoire belge, ces agents de sécurité étrangers ont dû obtenir l'accord du ministre belge de l'Intérieur.

Rappel, Romano Prodi, le prédécesseur de Barroso à Bruxelles, faisait son jogging dans le Parc du Cinquantenaire et ses achats à Schaerbeek. Seul.

© La Libre Belgique 2005