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Climat : l'Europe s'attaque aux voitures

Martin Buxant

Publié le - Mis à jour le

Voilà de quoi animer les conversations dans les travées du Salon de l'automobile. Les experts de la Commission européenne s'apprêtent à porter un coup dur aux émissions de CO2 de l'industrie automobile européenne. Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Selon les documents obtenus par "La Libre", la Commission européenne devrait proposer "une norme de 120 g de CO2 par kilomètre, en 2012, pour les nouveaux véhicules". Une telle norme équivaut, grosso modo, à une consommation de 4,5 litres/100 km pour un moteur diesel (ou à 5 l/100km pour un moteur essence).

Cet objectif environnemental ambitieux porté par le commissaire grec Stavros Dimas devrait déclencher la furie de l'industrie automobile européenne qui est, elle, en faveur d'un objectif de 140 g de CO2/km à l'horizon 2012. La moyenne européenne est, aujourd'hui, de 162 g, tandis que la moyenne belge s'établit à 151g. "Cet objectif de 120 g est irréaliste !, commente Joost Kazemans, porte-parole de la Febiac, la Fédération professionnelle belge des fabricants automobiles. On ne peut pas faire baisser la consommation énergétique des automobiles indéfiniment. On ne bouge pas un véhicule de plus d'une tonne avec deux litres d'essence aux 100 km. C'est insensé"... Selon les projections de l'industrie automobile, atteindre un niveau de rejet de gaz à effet de serre de 120 g/km équivaut à munir chaque voiture de quelque 5000 euros d'équipement écologique.

"Se comporter en leader"

Cette "Stratégie pour la réduction des émissions de CO2 des automobiles", un document de onze pages, doit être dévoilée par la Commission européenne le 24 janvier. Mais le Grec Dimas trouvera sur son chemin, d'ici là, l'Allemand Günter Verheugen, commissaire en charge de l'Industrie, et défenseur des intérêts des fabricants automobiles à la Commission européenne. "L'Union européenne doit se comporter en leader du point de vue de la lutte contre le changement climatique", peut-on lire dans ce document. Pour rencontrer les objectifs fixés pour l'après-Kyoto - soit une réduction de 20 pc des émissions de CO2 en 2020 -, l'Europe doit, concrètement, attaquer les émissions de gaz à effet de serre de tous les secteurs.

Après l'industrie et l'aviation (en décembre), voici donc venu le tour des automobiles. La Commission européenne considère que "ces normes devront être appliquées rapidement de manière à créer et à accélérer une tendance vers la construction d'automobiles moins productrices de gaz à effet de serre", indique le document de la Stratégie. "Si l'on n'agit pas rapidement, prévient Bruxelles, l'objectif de 120 g CO2 en 2012 et les objectifs suivants seront d'autant plus difficiles à atteindre".

Prenant, donc, le taureau par les cornes, la Commission annonce des mesures législatives et contraignantes pour les fabricants automobiles en 2007.

"Le début de la fin"

"Si ces normes contraignantes sont appliquées marque par marque, se désole Joost Kazemans, c'est le début de la fin pour les marques de prestige comme Porsche ou Ferrari" qui n'ont que des grosses cylindrées dans leur catalogue.

Des petits calibres, comme la Toyota Prius (104 g de CO2/km) ou la Smart (101 g de CO2/km), sont d'ores et déjà des véhicules peu émetteurs de gaz à effet de serre.

Endiguer les émissions de CO2 nécessite de lourds investissements écologiques pour chaque voiture produite : "On va aboutir à un effet contre-productif, prédit Joost Kazemans. Si les véhicules deviennent trop chers, les gens changeront moins d'automobile et les anciennes voitures plus polluantes resteront plus longtemps dans le parc". A voir.

  • Ecoutez la réaction de Joost Kaesemans, porte-parole de la FEBIAC interrogé sur Ciel Radio.
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