Elle fait mystère de ses intentions, tout en déclarant qu’elle verrait volontiers une femme à la Maison-Blanche. Hillary Clinton n’a pourtant guère de raisons d’hésiter s’il faut en croire le dernier sondage "Washington Post"-ABC publié jeudi : elle éclipse tous les prétendants démocrates à l’investiture présidentielle et, à ce stade, elle battrait aisément, en novembre 2016, le mieux placé de ses adversaires potentiels dans le camp républicain.

Tout cela n’est bien sûr que pure spéculation. Un sondage n’est qu’un instantané de la situation politique à un moment donné et, au cours des trente-trois mois qui nous séparent du prochain scrutin présidentiel, la donne peut être bouleversée. Mme Clinton est bien placée pour le savoir : elle était donnée très largement favorite dans les primaires de 2008 et fut finalement coiffée sur le poteau par Barack Obama.

Il n’empêche : les augures n’ont jamais été aussi bons. Ils sont non seulement meilleurs pour elle qu’en 2008, mais ils sont plus prometteurs qu’ils ne l’ont jamais été pour aucun candidat depuis au moins trente ans, souligne "The Washington Post". Qu’on en juge.

Comme candidate à l’investiture, elle remporte 73 % d’adhésion parmi les Démocrates et les indépendants qui s’en disent proches. Derrière elle, le vice-président Joe Biden ne recueille que 12 %, et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren 8 % (encore Mme Warren ne prévoit-elle pas de se présenter, et une candidature de M.Biden, qui a déjà 71 ans, semble très peu probable).

La cote de popularité de Mme Clinton a quelque peu baissé depuis qu’elle n’est plus secrétaire d’Etat et a perdu de la visibilité dans les médias, mais avec un avantage de six contre un, elle fait figure de candidate naturelle pour le Parti démocrate. Et elle est plus populaire qu’elle ne l’était en 2008.

Des rivaux peuvent encore émerger d’ici au lancement de la campagne présidentielle en 2015. On voit mal, cependant, comment ils pourraient menacer l’ex-Première Dame dans la mesure où - et c’est le facteur le plus important - son pouvoir d’attraction transcende tous les clivages : âge, sexe, classes sociales, appartenance ethnique, sensibilité idéologique… Les Démocrates se disent prêts à faire bloc derrière elle : 90 % d’entre eux voteraient pour elle.

Le choix des femmes

Hillary Clinton est particulièrement populaire auprès des femmes et c’est un soutien qui pourrait se révéler décisif puisqu’elle jouit, auprès de cet électorat, d’un avantage de presque deux contre un, face au mieux classé des candidats républicains dans le sondage de jeudi : 59 % contre 34. Par comparaison, l’écart, dans le vote féminin, n’était que de 11 % entre Barack Obama et Mitt Romney en 2012.

A l’opposé du désert démocrate, le camp républicain fourmille à l’heure actuelle de candidats potentiels (on cite une dizaine de noms au moins). Du lot émergeait jusqu’ici Chris Christie parce que ce Républicain modéré avait réussi à être élu et réélu gouverneur du New Jersey, un Etat démocrate aux portes de New York; il semblait donc pouvoir "rassembler" et séduire les indépendants.

Mais son étoile a pâli depuis qu’on sait que ses plus proches collaborateurs ont provoqué des embouteillages monstres, l’an dernier, en faisant fermer, pendant quatre jours, le pont le plus fréquenté du monde (il relie le New Jersey à Manhattan) pour… se venger d’un maire démocrate qui s’était opposé à sa réélection. Dans l’hypothèse, où Mme Clinton affronterait M.Christie, elle remporterait le vote populaire par 53 % contre 41 %. Bien plus que la victoire pourtant écrasante de Barack Obama sur John McCain en 2008 (53 % contre 46 %).

En définitive, le seul obstacle pour Hillary Clinton, c’est elle-même. Elle aura 69 ans en novembre 2016. Mais aux Républicains qui auraient la goujaterie de la trouver trop vieille pour diriger le pays, elle peut rappeler que c’est l’âge qu’avait Ronald Reagan quand il fut élu. Et qu’ils n’aiment rien tant que d’associer sa Présidence à un âge d’or.