Entretien avec Abdessamad Belhaj, islamologue et chercheur au Cismoc (le Centre interdisciplinaire d’études de l’islam dans le monde contemporain) à l’UCL.

Pour vous, la défaite de l’Etat islamique en Irak n’annonce pas la fin de son terrorisme en Europe. Sur quoi vous appuyez-vous pour le dire ?

D’abord sur une considération structurelle : l’EI n’est pas une organisation locale; elle a des adeptes dans plus de 100 pays. C’est donc un mouvement global, avec des structures locales suffisamment ancrées et flexibles. Ensuite, sur base des discours récents de l’EI, dont ceux prononcés dans les pages d’un nouveau périodique électronique intitulé “al-Waqar”, ce qui se traduit par “Dignité”.

Quelles en sont les caractéristiques ?

Ce périodique entretient une mémoire djihadiste, il justifie une certaine vulnérabilité, et il insiste au sein de ses discours sur la loyauté envers le calife, et sur la constance pour continuer le combat. Cette valeur de la constance est valorisée par les auteurs du périodique comme étant une des grandes qualités des prophètes. Il appelle enfin à la vengeance pour les coups durs subis en 2016, après l’euphorie des années 2014 et 2015.

Comment l’EI fait-il pour “justifier” ses défaites et continuer à attirer de jeunes combattants ?

Il développe d’abord un récit sur l’injustice subie par l’État islamique et qui appelle à des représailles. Il évoque ensuite la “voie divine” qui teste les croyants en leur faisant traverser des moments difficiles. Ces difficultés qu’éprouvent les djihadistes ne seraient pas une punition divine, mais un test qui met à l’épreuve leur foi et leur patience. Traverser dans la dignité de telles épreuves permettrait d’obtenir un statut particulier auprès de Dieu. Enfin, il inscrit ces revers dans une histoire longue et universelle, et dans la croyance que le sang et le martyre sont révélateurs de l’aspect véridique de la lutte menée.