Le procès d'Anders Breivik continue ce mardi, pour la 2nd journée. Anders Behring Breivik a de nouveau fait son salut extrémiste en entrant dans le prétoire. Comme lors de la première journée, Breivik, une fois libéré de ses menottes, a porté son poing droit fermé sur le coeur puis a tendu le bras, un salut qui, explique-t-il dans son manifeste, représente "la force, l'honneur et le défi aux tyrans marxistes en Europe".

Par ailleurs, l'accusation, la défense et les avocats des parties civiles ont demandé mardi la révocation d'un des cinq juges qui a reconnu avoir réclamé la peine de mort pour Anders Behring Breivik juste après les attaques du 22 juillet.

Comme si on lisait des recettes de gâteaux"

Des millions de Norvégiens avaient lundi les yeux rivés sur leurs écrans de télé, d’ordinateur ou l’oreille collée au transistor pour suivre l’ouverture du procès d’Anders Breivik. Cet extrémiste de droite a tué 77 personnes le 22 juillet dernier pour protester contre le multiculturalisme du gouvernement travailliste au pouvoir, qui favorise, selon lui, l’invasion dangereuse et intolérable des musulmans dans le royaume scandinave.

"On revit cette tragédie horrible une deuxième fois. C’est très douloureux, mais il faut faire son deuil maintenant, et regarder de l’avant, en espérant qu’elle ne se reproduira jamais", dit Karin, se demandant "comment la Norvège a pu produire un monstre pareil".

A l’intérieur du tribunal de la capitale, Erik Soenstelie, 49 ans, est venu soutenir sa fille. Siri Marie, 20 ans, a survécu au massacre d’Utoeya où elle participait avec des centaines de camarades à un camp d’été de la Jeunesses travailliste. Erik a senti son sang "se geler" en écoutant l’acte d’accusation. Celui-ci décrit, vidéo à l’appui, l’horreur dans ses moindres détails : la camionnette piégée causant la mort de 8 personnes et le massacre, 73 minutes durant, de 69 jeunes, dont la plupart avaient moins de 20 ans.

"C’est dur de revivre tout ça. C’est dur pour tout le monde", confie Erik. Siri, qui est "passée par des périodes très difficiles, entre pleurs et abattement", a écrit un livre avec son père "Jeg lever, pappa" (Je vis, papa), sorte d’auto-thérapie.

Les procureurs ont lu les noms de toutes les victimes dans un silence de mort. L’accusé est demeuré imperturbable, le regard absent, indifférent. D’autant qu’il avait répété précédemment qu’il "ne regrettait pas ses actes [ ] et que si c’était à refaire, il n’hésiterait pas "

Puis, le "monstre", comme certains le surnomment, a retrouvé un peu d’émotion, pleurant tout d’un coup pendant plusieurs minutes de chaudes larmes en voyant sa propre vidéo de propagande de douze minutes projetée. Mélange de caricatures de Mahomet, des chevaliers templiers et d’intégristes musulmans sur fond de musique douce, elle cible le "péril musulman", qui "menace la société norvégienne et européenne".

"Cela montre qu’il est très imbu de lui-même. Il nourrit un grand amour pour sa propre personne", constate le psychiatre Svenn Torgensen. Et son confrère, Henning Vaeroey, de souligner son côté "narcissique, content de lui-même, d’autant qu’il occupe le premier rôle qu’il souhaitait". "Mais il n’y a aucun signe de comportement psychotique chez lui", fait-il observer.

Pour Kjell Fredrik Lie, qui a perdu sa fille de 16 ans, Elisabeth, dans la tuerie, tandis que sa sœur de 17 ans Catherine, était grièvement blessée de deux balles, "il est très surprenant de le voir pleurer. Cela montre qu’il a au moins des sentiments". Mais il n’arrive pas à comprendre pourquoi il était "resté de glace à la lecture des détails grotesques" et dramatique du massacre. "C’est comme si on lisait des recettes de gâteaux. Il n’était absolument pas touché", constate-t-il.

Kjell n’a pas fait son deuil. Il vit un "enfer", dort "3 à 5 heures chaque nuit" depuis cette tragédie. "J’y pense tout le temps. Je pense au coup de fil d’Elisabeth - ce jour-là - qui criait en m’appelant. Je croyais qu’elle était en train d’être violée [ ] Je lui parlais avant qu’elle soit tuée. J’entendais des coups de feu", se rappelle-t-il. Il a appris ensuite que sa fille avait "échangé quelques mots avec Breivik, le faux policier, qui lui a demandé d’aller dans la grande salle de réunion du centre et de se coucher par terre pour être en sécurité avant de la tuer ainsi que beaucoup d’autres".

Les Norvégiens attendent impatiemment les explications du tueur qui plaide non coupable, ayant commis ses actes atroces "par nécessité", pour protester contre "les traitres à la patrie" (le gouvernement travailliste). Des explications qui seront dures à digérer, d’autant qu’il regrettera de ne pas être allé trop loin dans le carnage, ont averti ses avocats.