Pas de suspense. Marianne Thyssen sera la commissaire en charge de l'Emploi, des Affaires sociales, des Compétences et de la Mobilité professionnelle dans la Commission Juncker. Auditionnée ce mercredi matin par le Parlement européen, la chrétienne-démocrate belge a livré une prestation solide, sans éclat particulier, mais suffisamment convaincante aux yeux des eurodéputés des trois commissions qui l'ont interrogée pendant trois heures.

Dans son discours introductif, prononcé en néerlandais, en français et en anglais, Marianne Thyssen a indiqué qu'elle poursuivrait deux objectifs : "Favoriser la création d'emplois et améliorer la protection sociale; lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale". Pour la future commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales, "il n'y a pas à choisir entre la compétitivité et l'équité sociale, ce sont les deux côtés d'une même pièce".

Une révision de la directive sur le détachement des travailleurs… peut-être

Au début de son audition, et à plusieurs reprises au cours de celle-ci, Marianne Thyssen a insisté sur le fait que les recommandations économiques de la Commission européenne devaient accorder une beaucoup plus grande importance aux indicateurs sociaux. De quoi satisfaire la gauche. Tout en prenant le soin de rassurer la droite, en précisant qu'il n'était pas question de laisser les Etats membres relâcher la rigueur budgétaire. "On ne va pas résoudre la crise en s'endettant", a déclaré Mme Thyssen, paraphrasant un discours souvent tenu par le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker.

En tant que future commissaire à l'Emploi, Marianne Thyssen était aussi attendue sur le terrain de la lutte contre le dumping social. Elle a affirmé qu'elle était disposée à évaluer l'impact de la directive de 1996 relative au détachement des travailleurs (dans un autre Etat membre). Sans promettre, ni exclure la révision du texte, dans un délai de deux ans : "Il faut d'abord identifier les problèmes, discuter, puis, éventuellement, faire une proposition. C'est comme ça que je fonctionne", a précisé l'ancienne présidente du CD&V.

Qui n'a pas non plus fermé la porte à la réouverture du dossier de l'harmonisation de la durée du congé de maternité (et de paternité), tout en confessant que la Commission devrait sans doute se montrer moins ambitieuse que par le passé sur ce sujet, qui s'est enlisé lors de la défunte législature.

Pour un salaire minimum garanti… à titre personnel

Suite à une question sur la possibilité d'établir un salaire minimum garanti à l'échelle européenne, Marianne Thyssen a déclaré qu'à titre personnel, elle y était favorable. Avant de préciser, pour ne pas nourrir de faux espoirs chez certains, que c'était une compétence qui restait dans les mains des Etats membres.

Au cours d'une audition qui avait un peu tendance à ronronner, Marianne Thyssen a recueilli les applaudissements des eurodéputés après avoir indiqué à un élu du parti europhobe UKIP, qu'il était impossible de dissocier le marché intérieur et la libre circulation des biens de celles des travailleurs.

Une question posée par l'élue N-VA Helga Stevens, sur la façon dont doivent être comptabilisés les travaux d'infrastructures en Flandre, a permis à Marianne Thyssen d'affirmer son indépendance. Elle sera commissaire de tutelles de l'agence européenne de statistiques Eurostat, mais "personne ne doit s'attendre à ce que je contourne les règles", en matière de comptabilisation des dépenses qui sont "les mêmes pour tout le monde".

On pourra, dans cinq ans, jauger la façon dont Marianne Thyssen a effectué sa mission de commissaire si "le taux d'emploi a augmenté et si la pauvreté a reculé", a conclu la Belge. Aux dernières nouvelles, le Parlement européen était prêt à lui donner la chance de faire ses preuves.


Les tweets des journalistes qui suivent les auditions