D’aucuns espéraient une parole papale à l’Angelus dominical mais Benoît XVI n’a parlé que de sa prochaine visite en Afrique. Et s’il a salué des pèlerins brésiliens sur la place St-Pierre, il s’est bien gardé d’évoquer l’affaire de Recife.

Pourtant l’Eglise catholique, qui était sous le feu de bien des attaques, y compris de ses propres fidèles et de nombre de clercs de la base parce qu’elle avait fini par faire passer le message qu’un viol était moins grave qu’un avortement, s’est reprise comme il convenait et a retrouvé "un niveau d’humanité" à travers Mgr Rino Fisichella, qui a désavoué à la fois l’archevêque excommunicateur de Recife et son collègue romain Re, le préfet de la congrégation pour les évêques.

Fisichella n’est pas le premier venu dans le petit monde de la Curie : président de l’Académie pontificale pour la Vie, c’est le chien de garde en matière de bioéthique et de morale, qui s’en prit au nouveau président des Etats-Unis, Barack Obama, alors qu’il avait à peine prêté serment et auquel il reprocha d’avoir "l’arrogance de celui qui se croit dans le juste" parce qu’il a décidé de financer de nouveau des organismes qui pratiquent ou facilitent les avortements. Une voix autorisée, donc, du Vatican, qui a remis les pendules à l’heure et qui se retrouve sur la même longueur d’ondes que l’archevêque de Paris qui a déclaré ce week-end que "si l’Eglise est opposée à l’IVG, il ne faut pas accabler les gens qui sont dans la détresse". Fisichella n’a pas seulement eu les mots qu’il fallait pour la famille de la petite fille avortée; il a aussi dit tout haut ce que beaucoup de catholiques pensent tout bas. A savoir que l’enseignement chrétien devrait être un modèle d’humanité alors qu’il apparaît souvent "insensible" voire "privé de miséricorde". Et pourtant l’Eglise aurait pu éviter cette nouvelle crise, rendue encore plus explosive par l’affaire Williamson, en communiquant mieux.

Car si le droit canon excommunie automatiquement toute personne qui procède à un avortement, il prévoit aussi des circonstances atténuantes. Dans cette affaire, l’archevêque de Recife a dégainé trop vite et sa tutelle romaine, en l’occurrence le cardinal Re, n’a pas osé le dédire.

Mais la Conférence épiscopale brésilienne a opportunément livré sa propre vision. Du coup, Rome pouvait reprendre la main, car l’Eglise part du principe qu’un problème doit d’abord être étudié au niveau local. C’est beau comme principe, mais que de temps perdu. Et surtout des opportunités de montrer que l’Eglise est aussi de ce monde face aux détresses et qu’elle peut faire primer l’esprit sur la lettre.