Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a une nouvelle fois réclamé mardi à la Russie un "cessez-le-feu immédiat" en Syrie, objectif majeur de la conférence internationale sur cette guerre prévue jeudi à Munich. "Nous avons appelé la Russie et nous l'appelons encore à se joindre aux efforts destinés à obtenir un cessez-le-feu immédiat et un accès humanitaire complet", a martelé John Kerry devant la presse, en recevant au département d'Etat son homologue égyptien Sameh Choukri.

"Ce que fait la Russie à Alep et dans la région rend les choses beaucoup plus difficiles pour pouvoir se mettre à la table (des pourparlers) et avoir une conversation sérieuse", a mis en garde le chef de la diplomatie américaine, faisant allusion aux frappes russes depuis plus d'une semaine sur la ville du nord de la Syrie en appui à l'offensive des forces gouvernementales syriennes.

M. Kerry a plaidé pour que Moscou "contribue (...) à créer un climat où l'on puisse négocier. Mais ils (les Russes) ont rendu les choses très, très difficiles ces derniers jours".

Washington avait accusé Moscou la semaine dernière d'avoir, par ses bombardements, torpillé "en partie" les discussions indirectes inter-syriennes qui avaient à peine commencé à Genève, sous l'égide de l'ONU.

Depuis mercredi dernier, John Kerry a réclamé quotidiennement que ces frappes russes qui "tuent femmes et enfants en grand nombre" cessent. "Nous ne sommes pas aveugles sur ce qui se déroule et nous sommes tout à fait conscients que ce moment est crucial", a-t-il ajouté.


La Turquie n'apprécie pas le soutien de Washington aux Kurdes de Syrie

L'ambassadeur des Etats-Unis à Ankara a été convoqué mardi au ministère turc des Affaires étrangères après des déclarations la veille d'un responsable américain affirmant que le principal parti kurde de Syrie n'était pas "terroriste", ont rapporté les médias.

Les autorités turques, qui considèrent le Parti de l'union démocratique (PYD) comme un groupe "terroriste", lui ont fait part de leur "malaise" après un commentaire du porte-parole du département d'Etat américain John Kirby, a précisé le quotidien Hürriyet citant des sources diplomatiques turques.

Interrogé lundi sur ce sujet, M. Kirby avait répondu: "Comme vous le savez, nous ne considérons pas le PYD comme une organisation terroriste".

Depus plusieurs mois, le soutien militaire apporté par les Etats-Unis au PYD et à ses milices, les Unités de protection du peuple (YPG), constitue une source de frictions récurrente entre Washington et Ankara.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'en était irrité la semaine dernière devant la presse, en dénonçant la visite rendue récemment aux YPG qui contrôlent la ville syrienne de Kobané par Brett McGurk, l'envoyé spécial du président américain Barack Obama pour la coalition internationale antidjihadiste.

"Comment peut-on (vous) faire confiance ? Est-ce que je suis votre partenaire ? Ou alors ce sont les terroristes de Kobané ? ", avait lancé M. Erdogan.

Grâce au soutien militaire de la coalition dirigée par Washington, les Kurdes syriens ont repoussé il y a un an l'offensive du groupe Etat islamique (EI) sur la ville de Kobané.

Malgré les critiques, Ankara s'était refusé à prêter main forte aux combattants des YPG, considérés comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 une rébellion meurtrière sur le sol turc.

"Le PYD est une organisation terroriste. Les YPG sont une organisation terroriste. Le PYD est ce que le PKK est", avait insisté M. Erdogan devant les journalistes.

Le gouvernement turc redoute que le soutien militaire américain ne permette aux Kurdes syriens, qui contrôlent déjà une large partie de l'extrême nord de la Syrie le long de la frontière turque, d'étendre encore leur influence.