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Kiev dénonce une "agression" russe. Le gouvernement pro-européen d'Ukraine a dénoncé samedi une "agression" de la Russie après une série d'attaques de groupes armés pro-russes contre des villes de l'est du pays, plus que jamais menacé d'éclatement.

Le président intérimaire au pouvoir depuis le renversement d'un régime pro-russe fin févier, Olexandre Tourtchinov, a convoqué en urgence un Conseil de sécurité pour 21h00 samedi (18h00 GMT), alors que des combats se déroulaient dans plusieurs villes, selon le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov.

A minuit, (21h00 GMT) aucune information n'avait filtré sur la réunion, alors que des militants nationalistes s'étaient rassemblés à Kiev près du bâtiment où elle devait avoir lieu pour exiger une réponse forte des autorités.

Menaces pro-occidentales "inadmissibles" pour les Russes

La diplomatie russe a estimé samedi que les menaces des autorités pro-occidentales de Kiev de lancer un assaut contre les manifestants pro-russes, qui ont pris de nouveaux bâtiments publics dans l'Est de l'Ukraine, étaient "inadmissibles".

Dans une conversation téléphonique entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue ukrainien Andrii Dechtchitsa, "la partie russe a souligné la responsabilité que les autorités actuelles de Kiev ont d'empêcher tout recours à la force dans le Sud et le Sud-est de l'Ukraine", est-il écrit dans un communiqué.

"Les menaces permanentes de Kiev de lancer un assaut sur les bâtiments, occupés par les manifestants à Donetsk et Lougansk, sont inadmissibles", est-il ajouté dans ce communiqué de la diplomatie russe.

M. Lavrov a appelé la partie ukrainienne à "agir exclusivement de manière pacifique, via le dialogue, en tenant compte des exigences légitimes du Sud et du Sud-Est de l'Ukraine, y compris l'implication de représentants de ces régions dans le processus de réforme constitutionnelle".

Les activistes pro-russes sont repassés à l'offensive samedi dans l'est de l'Ukraine, prenant quasiment le contrôle d'une localité et s'emparant du siège de la police dans la grande ville de Donetsk.

Six jours après une première série d'attaques à l'issue desquelles ils avaient proclamé une "république souveraine", les séparatistes ont lancé un nouveau défi au gouvernement pro-européen de Kiev, installé après le renversement d'un régime pro-russe fin février et plus que jamais confronté au spectre d'un éclatement de l'Ukraine.

Américains et Ukrainiens accusent Moscou, qui selon l'Otan a massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière, d'orchestrer le mouvement de protestation dans l'Est de l'Ukraine.

La Russie dément, quant à elle, toute responsabilité dans les troubles. M. Lavrov l'a répété à son homologue ukrainien au coures de leur conversation téléphonique samedi.

Dans un communiqué séparé, la diplomatie russe a par ailleurs indiqué que la réunion quadripartite entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne était encore en cours d'organisation et que rien n'était clairement défini, contrairement aux déclarations de représentants américains et européens.

"Pour éviter toute confusion, nous voudrions préciser que l'organisation de cette réunion se poursuit. Mais pour l'instant, nous ne nous sommes pas mis d'accord, ni sur l'ordre du jour, ni sur le format", est-il indiqué dans ce communiqué.

Washington a pourtant confirmé vendredi que cette réunion quadripartite se déroulerait le 17 avril à Genève.

"Si les États-Unis se sont déjà mis d'accord sur tout - sans la Russie - avec les autres participants, désignant la date et le lieu de la rencontre, (...) alors peut-être qu'ils sont en mesure d'annoncer dès maintenant ses résultats ? " Peut-être peuvent-ils aussi par la même occasion expliquer comment la dette ukrainienne envers Gazprom va être remboursée ?", a ajouté la diplomatie russe.


Nouvelle offensive des pro-russes

Des inconnus armés ont pris le contrôle d'un commissariat dans une ville de l'Est russophone de l'Ukraine, nouveau défi pour le gouvernement pro-européen de Kiev plus que jamais confronté au spectre d'un éclatement du pays.

Les hommes armés, en tenues de camouflage sans insignes, cagoulés et casqués, se sont d'abord emparés du commissariat de district de Slaviansk, localité d'une centaine de milliers d'habitants située à une soixantaine de km de Donetsk, la capitale régionale.

Dans l'après-midi, ils se sont emparés du bâtiment des services de sécurité (SBU) dans la même ville, selon la police.

Les assaillants ont reçu le soutien d'une bonne partie de la population, qui s'est massée devant les bâtiments, scandant "Russie! Russie!" et se montrant très agressifs avec les journalistes occidentaux présents, dont l'AFP.

Aucune présence policière n'était visible sur place, alors que le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov avait annoncé dans la matinée sur sa page Facebook l'envoi sur place de "forces spéciales".

Selon la police et la maire de Slaviansk, Nelly Chtepa, les assaillants viennent de Donetsk, où des séparatistes tiennent depuis près d'une semaine le siège de l'administration régionale et ont proclamé une "république souveraine".

Les séparatistes, qui tiennent aussi depuis six jours le siège du SBU dans une troisième ville de l'est, Lougansk, réclament le rattachement à la Russie, ou au minimum un référendum sur plus d'autonomie régionale.

"Ils demandent un référendum", a confirmé Mme Chtepa par téléphone au site russe lifenews.ru. "Nous sommes tous d'accord", a ajouté la maire, mettant en garde contre toute tentative d'intervention par la force. "Toute la ville fera bouclier pour défendre les gars qui ont pris le bâtiment".

Selon le ministère de l'intérieur, les assaillants se sont emparés de "20 fusils automatiques et plus de 400 pistolets Makarov" quils ont entrepris de distribuer à leurs partisans.

Sur la route entre Slaviansk et Dnetsk, des journalistes de l'AFP ont vu des manifestants rassemblés devant des bâtiments publics dans au moins une ville.

A Donetsk même, un assaut contre les locaux du parquet régional a été repoussé tôt samedi, selon le ministre Avakov.

Et dans l'après-midi quelque 500 pro-russes manifestaient devant le siège de la police, a constaté une journaliste de l'AFP. Ils ont affirmé ne pas avoir l'intention de prendre d'assaut le bâtiment mais vouloir des "négociations" avec les responsables policiers.

Ces nouveaux assauts interviennent au lendemain d'un déplacement dans l'est du Premier ministre du gouvernement intérimaire au pouvoir depuis le renversement fin février d'un régime pro-russe.

Iatseniouk à Donetsk vendredi

Arseni Iatseniouk s'était rendu à Donetsk pour essayer de trouver une issue au conflit. Il n'a pas eu de contacts directs avec les insurgés mais avec les principaux responsables administratifs et du monde des affaires locaux, dont Rinat Akhmetov, oligarque très influent et homme le plus riche du pays. M. Iatseniouk et ses interlocuteurs avaient publiquement convenu que la crise devait être réglée par des moyens pacifiques.

Le Premier ministre s'était engagé vendredi à proposer avant l'élection présidentielle anticipée du 25 mai des révisions constitutionnelles pour "équilibrer les pouvoirs entre le pouvoir central et les régions". Et il a promis de ne toucher "sous aucun prétexte" aux lois garantissant le statut des langues autres que l'ukrainien.

Mais les séparatistes, soutenus par la Russie, exigent une "fédéralisation" de la Constitution ukrainienne. Ce que refuse le pouvoir pro-occidental de Kiev, non reconnu par Moscou, qui y voit la porte ouverte à un éclatement du pays et refuse d'aller plus loin qu'une "décentralisation".

Les troubles dans l'Est ont fait craindre aux Occidentaux une intervention russe, Moscou ayant massé selon l'Otan jusqu'à 40.000 hommes à la frontière et le président russe Vladimir Poutine s'étant engagé à protéger "à tout prix" les populations russes de l'ex-URSS.

Washington et Kiev ont d'ailleurs accusé les services secrets russes d'être derrière ces soulèvements, ce que Moscou a démenti.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Dechtchitsa s'est entretenu samedi avec son homologue russe Sergueï Lavrov, auquel il a demandé de faire cesser les "provocations" dans l'Est.

Une nouvelle Crimée?

La crainte majeure est la répétition du scénario qui s'est joué en mars en Crimée, péninsule ukrainienne rattachée à la Russie après un référendum non reconnu par Kiev et les Occidentaux.

M. Lavrov, a assuré vendredi qu'il n'en était rien et que Moscou n'avait aucune intention de rattacher à la Russie les régions russophones de l'est de l'Ukraine: "Nous ne pouvons avoir de telles intentions. Cela va à l'encontre des intérêts fondamentaux de la Russie".

L'annonce ces derniers jours de pourparlers sur la crise ukrainienne, la pire entre Est et Ouest depuis la fin de la guerre froide, avait fait naître l'espoir d'une accalmie.

Washington a confirmé vendredi que cette réunion quadripartite entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne se tiendrait le 17 avril à Genève.