Coup de tonnerre dans le ciel politique congolais ce mardi soir. Un petit message de moins de 140 signes signé Moïse katumbi aura suffi à mettre le feu aux poudres et déstabiliser complètement la majorité présidentielle. “Chers amis, j'ai signifié ce jour ma démission du PPRD et du gouv #katanga. #nouveaudépart”. Une heure plus tard, l'ex-gouverneur de la province du Katanga poursuivait : “Un grand merci aux Katangais pour leur confiance et soutien depuis 2007; nouveau départ pour moi maintenant, toujours engagé pour la #RDC” qui ne laisse guère planer le doutes sur ses intentions politiques.

Le 22 février dernier, dans un entretien exclusif à La Libre Belgique, le gouverneur Katumbi laissait déjà entrevoir des ambitions politiques mais il les tempérait alors en justifiant qu'il avait “un mandat à terminer à la tête du Katanga”. Un mandat qui n'a toujours pas pris fin officiellement vu les tergiversations du gouvernement Matata dans la restructuration des provinces congolaises et son aveu d'incapacité matérielle d'organiser l'élection des gouverneurs des nouvelles provinces. Un scrutin chiffré à... 2 millions de dollars.

Mais depuis le 14 septembre, la vie politique kinoise a connu une vraie révolution avec la sortie du G7. Sept partis de la majorité présidentielle qui ont osé défier le président Kabila et son manque de positionnement et de volonté d'organiser les scrutins qui doivent aboutir, en novembre 2016, à la tenue des élections législatives et présidentielle. Un scrutin auquel l'actuel président ne peut participer, la Constitution congolaise n'autorisant que deux mandats consécutifs.

Les leaders des sept partis ont immédiatement été exclus de la majorité présidentielle. Tous ont aussi connu les affres des “tracasseries” policières avec arrestations de proches, intimidations et débauchages de leurs colistiers.

Ce week-end, une autre information venait encore faire monter la pression. Deux députés du PPRD, le parti de Joseph Kabila, venaient de déposer une proposition de loi pour organsier des référendums. Pour l'opposition et pour le G7, peu de doutes que ce texte, déposé en catimini, voulait offrir à terme une voie pour une révision de la Constitution. Dans le même temps; ce dimanche, de l'autre côté du fleuve Congo, à Brazzaville, une foule compacte descendait dans la capitale pour crier son hostilité à une prolongation de mandat du président Sassou Nguesso au cri de “Sassouffit”.

Une mobilisation qui a de nouveau ébranlé la confiance du clan Kabila où certains ténors se sont publiquement désolidarisés de la proposition de loi sur le référendum.

Ce mardi, dernier soubressaut d'une campagne qui s'annonce dangeureusment tendue, la démission de Moïse Katumbi du PPRD et du gouvernorat du Katanga. L'homme n'annonce pas publiquement qu'il est candidat à la magistrature suprême mais le doute n'est plus permis. Dans son courrier de deux pages, envoyé au secrétaire général du PPRD, l'ex-ambassadeur de la RDC en Belgique, Henry Mova Sakanyi, il indique : “Au moment où nous, peuple congolais, entrons dans la dernière ligne droite du dernier mandat constitutionnel du président de la République, les faits indiquent que depuis maintenant un an, tous est mis en œuvre pour ne pas respecter la Constitution en entretenant retard, flou et illisibilité du cycle électoral et en élaborant une stratégie de glissement des dates des scrutins. (…) Après la tentative de changer l’article 220 pourtant verrouillé de notre Constitution, après l’échec des Concertations nationales, à l’ordre du jour figure maintenant un projet de loi portant sur les modalités d’organisation des référendums qui renforce encore la confusion” L'ex-gouveneur n'hésite pas à parler de “l’absence d’État de droit”, “du recul généralisé des libertés individuelles, de la hausse du niveau d’intolérance politique dont la nation est victime”, avant de parler des “arrestations arbitraires de militants pro-démocratie”, des “interdictions de sortie de films”, des “répressions policières de plus en plus violentes”. Un véritable inventaire à la Prévert qui a fait mouche dès hier soir dans les grandes villes de la RDC où les scènes de liesse ont été nombreuses.

Pour être certain de rassembler le plus largement possible et pour envoyer un dernier message au pouvoir en place, Moïse Katumbi rappelle “les manifestations de janvier 2015, au cours desquelles de jeunes compatriotes ont perdu la vie”. Des “dérives inacceptables” qui justifient et motivent son choix de “prendre ses distances avec le PPRD”.
Moïse Katumbi explique encore qu'il veut lancer un “appel à toutes les forces vives de la nation, société civile, partis politiques de la majorité comme de l’opposition” pour mettre “un terme au découragement, à la résignation et au fatalisme, en sauvegardant notre jeune démocratie”.

Des mots lourds de sens qui doivent inévitablement conduire l'homme d'affaires sur le chemin de la présidentielle.

Un texte et un appel qui a été entendu dès hier soir par Olivier Kamitatu, président de l'ARC, ministre “démissionné” suite au courrier du G7 dont il est un des principaux moteurs. Contacté hier soir, Olivier Kamitatu a expliqué à La Libre Belgique qu'il y a une “identité de vue et d'analyse totale qui appelle à souscrire sans réserve au rassemblement des forces acquises au respect de la Constitution”, avant de conclure : “Demain, le Congo se réveillera différemment. Le paysage politique subit une nouveau séismé. Je pense que cela s'appelle une réplique !”