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Quatre suspects vont être jugés en mars 2020 à La Haye (Pays-Bas) pour le meurtre des 298 passagers et membres d’équipage du vol MH 17, abattu par un missile russe le 17 juillet 2014 au-dessus de l’est de l’Ukraine, ont annoncé mercredi les responsables de l’enquête internationale.


Ces quatre suspects sont trois Russes et un Ukrainien qui avaient des responsabilités au sein de la république autoproclamée de Donetsk, d’où était parti le tir mortel. Le crash de l’avion de la Malaysian Airlines, qui assurait la liaison Amsterdam-Kuala Lumpur, avait suscité la consternation dans le monde entier.

Six Belges figuraient parmi les victimes, ce qui explique pourquoi le Parquet fédéral belge est associé à l’enquête internationale (JIT-Joint Investigation Team) avec les polices néerlandaise, malaisienne, ukrainienne et australienne.

Les trois Russes sont un ancien colonel du FSB (ex-KGB) , Igor Guirkine, 48 ans, à l’époque « ministre de la Défense » de la région séparatiste ; d’un ancien officier du GRU, le renseignement militaire russe, Sergueï Doubinski, 56 ans, devenu « ministre du Renseignement » chez les séparatistes et d’un ancien officier des unités spéciales russes, les Spetznaz, Oleg Poulatov, 52 ans.

L’Ukrainien est un homme sans passé militaire, Leonid Khartchenko, 47 ans, qui commandait en 2014 une unité de combat dans la région de Donetsk.

Ces quatre hommes ne sont pas ceux « qui ont poussé sur le bouton », a indiqué le procureur en chef des Pays-Bas Fred Westerbeke, mais « il est supposé qu’ils ont œuvré ensemble pour amener le (missile) Bouk-Telar à son lieu de tir avec le but d’abattre un avion ».

La justice néerlandaise estime qu’il n’est pas prouvé que ceux-ci avaient l’intention d’abattre un avion civil, mais cela ne les empêche pas d’être présumés responsables du tir.

Des écoutes téléphoniques réalisées par les Ukrainiens

En mai 2018, le JIT avait prouvé que le missile sol-air avait été transporté quelques jours avant le tir dans un convoi russe à partir de la base de la 53ème brigade antiaérienne de Koursk. Les enquêteurs, qui n’ont toujours pas accès à la scène du crime à l’Est de l’Ukraine, avaient reconstitué le trajet du convoi grâce aux images postées par des automobilistes russes et en utilisant l’application Google Street View.

Cette fois-ci, ils s’appuient sur les très nombreuses écoutes téléphoniques et captures de messageries réalisées en 2014 par les services de renseignement ukrainiens (SBU). Ces derniers collaborent activement à l’enquête. Un chat entre un soldat russe et une certaine « Anastasia », diffusé lors de la conférence de presse à Nieuwegein ce mercredi, évoque clairement que le convoi portant le missile se dirige vers « l’ouest », c’est-à-dire vers l’Ukraine.

La Fédération de Russie a livré aux enquêteurs des données radar sur la zone d’où a été tiré le missile, mais celles-ci, confrontées à d’autres experts, n’ont pas été jugées fiables par le procureur. « La Fédération russe n’a pas donné le moindre renseignement, et cela, c’est une gifle pour tous les proches des victimes », a dit M.Westerbeke.

Le procès aura lieu même en l’absence des accusés. Il n’existe pas de traité d’extradition entre les Pays-Bas d’une part, la Russie et l’Ukraine d’autre part. Le JIT va toutefois demander l’assistance judiciaire des autorités russes.

© AFP