Des troupes russes, appuyées par des véhicules blindés, ont pris le contrôlé samedi d'une base aérienne en Crimée en tirant en l'air avec des armes automatiques, a constaté une journaliste de l'AFP.

Un véhicule blindé a forcé l'entrée de la base de Belbek, près de Sébastopol, et des hommes armés y sont entrés, bien équipés, visiblement très entraînés et en uniforme suggérant l'appartenance aux troupes d'élite.

Ils ont pointé leurs armes sur les soldats ukrainiens. Une ambulance est arrivée sur les lieux, sa sirène activée. Elle devait repartir peu après, emportant probablement un blessé, sans qu'on puisse savoir s'il s'agissait d'un soldat ukrainien ou d'un des journalistes, nombreux sur les lieux.

Un homme en tenue de camouflage et portant des lunettes de soleil a ensuite démonté la caméra qui diffusait en direct les images de l'assaut, située à l'entrée de la base. Certains soldats ukrainiens sur place ont alors entonné l'hymne ukrainien et crié : "Gloire à l'Ukraine !"

"C'est très décevant. Tellement décevant. Je n'ai pas d'autres mots pour le dire", a lâché l'un deux à l'AFP.

Plus tôt samedi matin, la base de Belbek avait indiqué sur sa page internet avoir reçu un ultimatum des forces russes demandant aux soldats ukrainiens de déposer les armes et de se rendre, sans quoi ils seraient attaqués.

La situation s'est ensuite calmée et les hommes armés ont abaissé leurs armes, évoluant dans le calme dans la base. Ils se sont montrés hostiles envers les journalistes et ont contraint une journaliste de l'AFP à leur remettre les cartes mémoires contenant les images vidéos de l'incident. Un photographe de l'AFP a eu son appareil photo endommagé.

Les soldats ukrainiens sont restés bloqués à l'intérieur après l'assaut. "Je ne sais ce qu'il va se passer maintenant. Je ne sais pas ce qu'ils vont faire de nous", a reconnu l'un de ces hommes.

Un porte-parole du ministère de la Défense ukrainien, Vladislav Seleznev, a indiqué que des milices pro-russes avaient pénétré dans la base, cernée par des "forces spéciales" russes. "Des informations font état d'un journaliste blessé", a-t-il ajouté.


Donetsk: 4.000 pro-russes demandent le retour de Ianoukovitch

Quelque 4.000 personnes ont manifesté samedi à Donetsk, ville russophone de l'est de l'Ukraine, brandissant des drapeaux russes et demandant le retour du président déchu Viktor Ianoukovitch, l'enfant du pays.

"Russie, aide-nous !", "Ianoukovitch, aide-nous !", ont scandé les manifestants, qui réclamaient également la démission de Serguiï Tarouta, milliardaire récemment nommé gouverneur de la région par les nouvelles autorités à Kiev.

Les manifestants ont pour la première évoqué le retour de Viktor Ianoukovitch, destitué fin février par le Parlement à la suite du bain de sang dans la capitale ukrainienne (plus de 100 morts) et ayant fui vers la Russie.

Certains d'entre eux tenaient des portraits de M. Ianoukovitch, originaire de la région houillère du Donbass et des affiches sur lesquelles on pouvait lire : "Ianoukovitch, reviens !" ou encore "Ianoukovitch, sauve le Donbass !".

La manifestation s'est déroulée dans le calme contrairement aux rassemblements des dernières semaines qui ont dégénéré en heurts avec les partisans de Kiev ayant fait un mort ou en occupation d'administrations publiques.

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont indiqué samedi avoir interpellé un leader séparatiste régional Mikhaïlo Tchoumatchenko, chef des "Milices populaires de Donbass", accusé d'atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien. Selon le SBU, il devait appeler les manifestants à "prendre d'assaut l'administration régionale".

La situation est tendue dans l'Est russophone de l'Ukraine, sur fond du rattachement à la Russie de la Crimée opéré en trois semaines, depuis l'occupation de la péninsule ukrainienne par les troupes russes. Kiev accuse les services secrets russes d'attiser les tensions dans les régions pro-russes.