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Face à la crise migratoire, l’attitude des Etats membres s’étend sur une gamme allant du volontarisme à la panique. Ainsi, l’Allemagne a fait savoir qu’elle ne renverrait plus les demandeurs d’asile syriens vers leur point d’entrée dans l’Union européenne - essentiellement la Grèce, l’Italie et la Hongrie - suspendant en pratique l’application des accords de Dublin qui prévoient une telle expulsion, a annoncé mardi l’Office fédéral de l’immigration et des réfugiés sur son compte Twitter. "L’Europe est dans une situation qui n’est pas digne de l’Europe, il faut tout simplement le dire", a de son côté déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, appelant lors d’un "dialogue avec des citoyens" à une plus juste répartition de l’accueil des réfugiés au sein de l’Union européenne.

La Commission européenne, qui a déposé des propositions allant dans ce sens, s’est félicitée de la décision de Berlin, qui "constitue une reconnaissance du fait que l’on ne peut laisser les Etats membres situés aux frontières extérieures gérer seuls", a précisé Natasha Bertaud, porte-parole de l’exécutif européen.

La même Natasha Bertaud a par ailleurs indiqué que l’Union était prête à mettre en place un centre d’accueil européen en Hongrie, tel qu’il en existe déjà un à Catane, en l’Italie et bientôt au Pirée, en Grèce. Avec plus de 100 000 migrants arrivés sur son territoire depuis le début de l’année, la Hongrie est l’un des principaux points d’entrée terrestres des migrants sur le territoire de l’Union, via la route des Balkans.

Le flux ne se tarit pas, malgré le fait que Budapest érige un mur controversé sur sa frontière pour empêcher leur passage. Lundi, plus de 2 000 migrants ont traversé lundi la frontière serbe et sont entrés en Hongrie, après avoir emprunté la route des Balkans (Grèce-Macédoine-Serbie). La Hongrie devra traiter leurs demandes d’asile car leur renvoi en Grèce, pays d’entrée dans l’UE, est interdit par une décision de la Cour de justice de l’UE de décembre 2011 en raison des "risques de traitements inhumains ou dégradants" dans ce pays, a confirmé la Commission européenne.

La Bulgarie place des blindés à la frontière

De son côté, l’Autriche a annoncé qu’elle allait déployer plus de 500 soldats pour aider les autorités à gérer le vaste afflux de migrants. Ces militaires aideront à convoyer des personnes et des équipements, à construire des hébergements et à organiser l’approvisionnement en nourriture venus de Hongrie et d’Italie.

La Bulgarie a, elle aussi, annoncé l’envoi de troupes, et même des véhicules blindés à la frontière qu’elle partage avec la Macédoine. Des déclarations de Sofia, il ressort que l’objectif est moins la gestion de l’afflux de migrants - le pays, membre de l’Union européenne mais pas de l’espace de libre circulation Schengen, est relativement épargné par le phénomène - que le souci d’aider la police frontalière à garder la frontière hermétique.

Le décalage entre l’initiative allemande et la réponse bulgare illustre, si besoin en était, combien la mise en place d’une politique européenne d’asile commune relève du défi.