Le Bundestag, le Parlement fédéral, est actuellement victime du plus grand piratage informatique jamais détecté en Allemagne. Selon plusieurs médias, les tentatives pour colmater les brèches électroniques auraient complètement échoué. La correspondance interne et les documents électroniques de tous les députés, y compris la chancelière Angela Merkel, seraient à la merci des pirates. Hans-Georg Maassen, président du service de protection de la constitution (contre-espionnage), avertit que "l’auteur de l’attaque pourrait être un service secret étranger". Selon "Spiegel Online" les services allemands auraient des "indices" de l’implication du service des renseignements extérieurs russe SVR. Le député vert Konstantin von Notz, expert des renseignements, admet qu’il s’agit d’une "attaque hautement professionnelle ayant une qualité propre aux services secrets", mais il se garde de dire "de quelle direction vient le danger" .

Apparemment, le piratage dure depuis des mois. Début mai, un service secret occidental a informé le contre-espionnage que deux ordinateurs berlinois étaient en contact permanent avec un serveur d’Europe de l’Est mal famé, qui sert de plate-forme pour l’espionnage industriel et la criminalité sur Internet. En vérifiant les adresses IP des ordinateurs, le service allemand a donné l’alerte : ils appartenaient à deux groupes parlementaires. Au même moment, des informaticiens du Bundestag ont constaté que Parlakom, le réseau informatique interne, était attaqué. D’après un protocole publié par "Bild", le chef de l’Office fédéral pour la sécurité informatique, Michael Hange, a dit le 21 mai à la commission informatique du Bundestag que "le réseau est compromis à grande échelle, les mesures de défense n’ayant plus qu’un effet restreint".

Le réseau informatique est irrémédiablement endommagé

Les pirates "auraient pénétré si profondément dans le système qu’ils peuvent agir à tout moment". Ils auraient surtout mis main basse sur "le service d’archivage central et disposeraient ainsi des identifiants des groupes parlementaires, députés et assistants", ce qui leur permet d’accéder à 20 000 ordinateurs.

Les députés sont désorientés. "Le réseau informatique du Parlement est irréparablement endommagé", avancent la chaîne ARD et la "Süddeutsche Zeitung". Il faudra probablement changer de logiciel, mais aussi installer de nouveaux ordinateurs. Coût : des dizaines de millions d’euros. Faudra-t-il déconnecter le Bundestag de l’Internet pendant les mois que durera la mise en place du nouveau réseau ? Autant avancer les vacances parlementaires, dit-on à Berlin.

Certains députés freinent le retour à la normale. Ils ne veulent pas que le contre-espionnage et l’Office pour la sécurité informatique aident l’administration du Bundestag : au nom de la sacro-sainte séparation des pouvoirs, ils refusent que l’exécutif s’immisce dans les affaires du pouvoir législatif. "C’est à devenir fou", s’est plaint le député CDU Armin Schuster.