Le médiateur Lakhdar Brahimi a annoncé mercredi au Caire avoir obtenu l'accord du régime et de responsables rebelles sur une trêve pour l'Aïd al-Adha, une des fêtes musulmanes les plus sacrées, à partir de vendredi en Syrie.

Scepticisme ambiant

Fort de cet accord, le médiateur s'est cependant montré sceptique sur ses chances d'être suivit. Il est en effet "pas sûr" que le cessez-le-feu envisagé en Syrie tienne et a réclamé un fort soutien de l'ONU, avertissant du risque d'une extension du conflit, selon des diplomates.

Cette trêve serait un "petit pas" qui peut mener à l'ouverture d'un dialogue politique et à un meilleur accès humanitaire, a-t-il estimé devant le Conseil de sécurité.

Les deux belligérants ont aussi nuancé cette annonce, le régime affirmant ne pas avoir pris sa "décision finale" et les rebelles affirmant qu'ils ne se plieraient à la trêve que si les troupes cessaient en premier les hostilités.

"Nous espérons que le Conseil puisse envoyer un signal fort et se rassembler derrière M. Brahimi", a déclaré à la presse l'ambassadeur allemand Peter Wittig. Mais à leur entrée dans la salle du Conseil, des ambassadeurs se montraient prudents, voire sceptiques, sur la viabilité d'une trêve.

Pour l'ambassadeur chinois Li Baodong, "même s'il n'y a qu'un pour cent de chance" qu'un cessez-le-feu soit effectif, "il faut déployer un maximum d'efforts". "Nous soutenons les efforts de M. Brahimi", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a reconnu que la tâche était "difficile (car) il y a trop de protagonistes et aussi trop de perturbateurs" qui peuvent faire capoter une trêve. "Tout le monde est en faveur d'une cessation de la violence, par définition, mais il faudra juger sur pièces", a estimé son homologue français Gérard Araud.

Mercredi, les violences se poursuivaient sans répit avec notamment des raids aériens des forces gouvernementales sur la ville stratégique de Maaret al-Noomane (nord-ouest) tenue par les rebelles.

A Damas, un bref communiqué des Affaires étrangères a indiqué que "la décision finale" sur un cessez-le-feu serait "prise demain jeudi", affirmant que "l'armée étudie l'arrêt des opérations militaires durant la fête d'Al-Adha". Et alors que M. Brahimi avait indiqué que la "plupart" des responsables de la rébellion qu'il avait contactés avaient accepté son appel, l'Armée syrienne libre (ASL, insurgés) a annoncé qu'elle ne cesserait les hostilités qu'une fois que les troupes auront fait taire leurs armes.

"L'ASL cessera le feu si le régime en fait de même", a déclaré le chef du Conseil militaire supérieur de l'ASL, Moustapha al-Cheikh. Si les combats s'arrêtent entre soldats et rebelles durant les quatre jours de l'Adha, la fête du sacrifice, il s'agira du premier cessez-le-feu respecté dans le conflit qui secoue la Syrie depuis 19 mois.

Cette interruption des violences, qui ont fait plus de 35.000 morts depuis la mi-mars 2011, est censée être consolidée afin de faire émerger un dialogue politique pour une sortie de crise. Mais en attendant le bilan continue à s'alourdir, dépassant quotidiennement la centaine de morts. "En cas de succès de cette initiative modeste, on pourra mettre en place un cessez-le-feu d'une plus longue durée et lancer un processus politique", a déclaré M. Brahimi, à l'issue d'un entretien avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi.

Le 12 avril, un cessez-le-feu proclamé à l'initiative de Kofi Annan, le prédécesseur de M. Brahimi, et pour lequel les deux belligérants avaient donné leur accord, avait volé en éclats au bout de quelques heures, même si les combats avaient baissé d'intensité.

Paris a appelé à une "cessation durable des hostilités, avec un retour de l'armée syrienne dans ses casernes", mais certains étaient toujours sceptiques. "La seule raison pour laquelle le régime pourrait accepter ce cessez-le-feu c'est qu'il donnerait du temps à l'armée pour se reposer et se réorganiser", a estimé Rami Abdel Rahmane, chef de l'OSDH.

"Sur le terrain, une trêve est pratiquement impossible, notamment parce que des deux côtés, il y a des groupes qui n'obéissent à personne", a-t-il ajouté. Mercredi, l'aviation a repris ses raids sur Maaret al-Noomane où insurgés et soldats s'affrontent pour le contrôle d'une importante base militaire et d'une portion stratégique de l'autoroute Damas-Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Au sol, après avoir lancé le 18 octobre une vaste offensive sur la base militaire de Wadi Deif, les insurgés -de l'Armée syrienne libre (ASL) et du Front islamiste al-Nosra selon l'OSDH- sont repartis à l'assaut du site. Les rebelles espèrent y prendre armes, munitions et carburant. Toujours dans la province d'Idleb, cinq personnes d'une même famille dont une femme et en enfant, ont été tuées dans un raid aérien, selon l'OSDH.

Selon un bilan provisoire de l'ONG, 47 personnes --28 civils, 12 soldats et un rebelle-- ont été tuées mercredi, au lendemain de la mort de 164 personnes, pour moitié des civils.

Après que la communauté internationale, Etats-Unis en tête, a accusé Moscou d'armer son allié le président Assad, le chef d'état-major russe, le général Nikolaï Makarov, a accusé mercredi les rebelles d'utiliser des lance-missiles de fabrication américaine Stinger.

"Il faut encore déterminer qui les a livrés", a-t-il ajouté, jugeant possible qu'ils arrivent de l'étranger par différents moyens de transports, notamment aériens.

Se préparant malgré tout à un éventuel arrêt durable des violences, l'ONU a annoncé travailler sur un projet de force de maintien de la paix. Mais il doit être approuvé par les 15 membres du Conseil de sécurité, profondément divisés, Moscou et Pékin protégeant leur allié syrien en utilisant leur veto. M. Brahimi s'adressera à eux mercredi par visioconférence pour dresser un bilan de sa tournée de onze jours à Damas et dans la région.