Reportage

Envoyé spécial à Mitrovica

Un climat lourd et tendu règne dans la partie serbe de Mitrovica. Du côté serbe du pont qui symbolise la division du Kosovo, quelques dizaines de jeunes Serbes sont restés groupés autour d'un drapeau toute la journée de dimanche, mais les journalistes étaient encore plus nombreux. L'annonce de l'indépendance du Kosovo a été saluée par un concert de sifflets, de klaxons et de pétards sur l'autre rive d'Ibar, a été accueillie par des commentaires plutôt blasés.

Depuis plusieurs jours déjà, de nombreux Serbes ont mis leurs familles à l'abri en Serbie, craignant les provocations. Pourtant, le Premier ministre Vojislav Kostunica a appelé les Serbes du Kosovo à ne pas abandonner leurs foyers. Belgrade a cependant répété qu'elle n'entendait défendre le Kosovo que par des moyens " politiques et diplomatiques ", excluant donc, au moins pour le moment, tout recours à la force. La Serbie devrait aussi décider d'appliquer un embargo à l'encontre du Kosovo, qui pourrait avoir de lourdes conséquences : une grande part de l'approvisionnement énergétique du territoire vient de Serbie, ainsi que de nombreux produits de consommation courants. Ces dernières semaines, l'administration des Nations unies avait assuré que des mesures avaient été prises pour faire face à cet embargo, mais il risque surtout de faire les affaires des pays voisins, comme la Macédoine, ainsi que celles des contrebandiers...

Alors que la fête battait son plein côté albanais, des blindés de la KFOR ont pris position sur les routes menant du secteur albanais au secteur serbe de Mitrovica, mais sans bloquer la circulation. Dans la ville, la présence des militaires de l'Otan était plutôt discrète. A Mitrovica, on ne voyait aucun uniforme de la police du Kosovo, le KPS, dans laquelle servent de nombreux Serbes, qui devraient refuser de prêter allégeance aux nouvelles autorités indépendantes de Pristina.

Ces derniers jours, les dirigeants du Conseil national serbe du Kosovo et Metohija ont annoncé qu'ils allaient convoquer des élections pour désigner un Parlement serbe du Kosovo. Alors que les Serbes considèrent comme nulle et non avenue la proclamation d'indépendance, on ignore encore jusqu'où pourrait aller leur réaction. Proclamer la sécession de la zone serbe du Nord du territoire mettrait en situation très périlleuse les enclaves du Sud, majoritairement albanaises, et reviendrait à reconnaître implicitement l'indépendance du territoire. Cependant, tout au long de la journée de dimanche, des signaux inquiétants n'ont cessé de se multiplier. En début d'après-midi, un millier de réservistes serbes, armés et en uniforme, se sont massés près du poste de Merdare, entre la Serbie et le Kosovo, sur la route qui conduit à Pristina. Ils ont été immédiatement bloqués par les policiers du KPS. Dans la soirée, quatre grenades - dont trois n'auraient pas explosé - ont été lancées, sans faire de victimes, dans la cour d'un tribunal de l'Onu et contre le bâtiment où doit s'installer la prochaine mission de l'UE. Baroud d'honneur ou prélude à une explosion de violence ? L'avenir le dira vite. Une manifestation est convoquée ce lundi à Mitrovica.