Sa situation était devenue intenable. Hans-Georg Maassen, le patron du Renseignement allemand, a été débarqué de son poste, mardi après-midi, par le gouvernement d’Angela Merkel. Le chef de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), entre autres casseroles, penchait un peu trop vers la droite de la droite. Mais – surprise – il a été dans la foulée désigné secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur, celui du chrétien-social bavarois Horst Seehofer, bête noire de la chancelière.

La crise avait éclaté le 7 septembre quand M. Maassen avait pris le contre-pied d’Angela Merkel, affirmant que, non, il n’y avait pas eu de “chasses collectives” aux étrangers à Chemnitz. S’il avait rétropédalé ensuite, la parole de la chancelière avait été mise en doute, le mal était fait. Les projecteurs se sont alors braqués sur le chef du Renseignement intérieur, pour mettre en lumière le fait qu’il avait donné des conseils stratégiques au parti d’extrême droite AfD.

Pour le député vert Konstantin von Notz, l’attitude de M. Maassen a entaché la réputation des organes de sécurité, alors qu’en “ces temps difficiles”, leur “intégrité ne devrait faire aucun doute”. Une bonne moitié des Allemands n’accordent déjà plus leur confiance aux services de renseignement pour assurer la sécurité du pays, selon un sondage Civey.

Le grand écart d’Angela Merkel

Les errements de Hans-Georg Maassen ont eu pour effet d’écarteler – encore un peu plus – la grande coalition gouvernementale, entre le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer à la droite (CSU) d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates (SPD) d’Andrea Nahles à sa gauche. Si le Bavarois avait renouvelé sa confiance en M. Maassen, la gauche, elle, estimait qu’en cette période d’essor de l’extrême droite, avec des manifestations ponctuées de violences et de saluts nazis, l’Office fédéral de protection de la Constitution devait se montrer irréprochable.

Dans ce contexte de tension permanente, la crise, résolue par un licenciement-promotion chèvre-choutiste, illustre l’affaiblissement politique de la chancelière, qui se voit contrainte d’exercer une nouvelle fois son grand écart pour se maintenir au pouvoir.