Le mouvement "One Billion Rising" veut mobiliser, et faire danser, un milliard de personnes dans le monde en ce jour de Saint-Valentin pour dénoncer les violences faites aux femmes et aux filles.

Les Indiens se rangent derrière les féministes

Nous voulons provoquer un tsunami culturel. Notre société demeure patriarcale. Il faut que cela change." Cette année, la Saint-Valentin prend un goût particulier en Inde. Jeudi, à l’appel d’un collectif d’organisations de défense des femmes, "One billion rising", des artistes et des féministes organisent des manifestations à travers le pays. Kamla Bhasin coordonne le mouvement.

Depuis deux mois, les fémi nistes indiennes donnent de la voix. Le point de départ fut le viol d’une étudiante de 23 ans dans un bus le 16 décembre à New Delhi. La jeune femme rentre du cinéma avec un ami lorsqu’elle est agressée par six hommes. Elle succombe à ses blessures le 29 décembre. Dans les jours qui suivent, les manifestations d’étudiantes et de féministes se multiplient. Pour elles, ce viol est l’occasion d’attirer l’attention de l’opinion sur un problème qu’elles dénoncent depuis près de 30 ans. Regards insistants, harcèlement sexuel, viol par un proche ou dans un commissariat "Ce qui est en cause, ce n’est ni la justice ni la police, ce sont les mentalités. C’est à nous de changer l’éducation des garçons dès le plus jeune âge pour que le fléau du viol disparaisse", insiste Kamla Bhasin.

Dans les universités

Les mouvements féministes indiens ont investi les universités depuis plusieurs années. A Delhi, la Jawaharlal Nehru University (JNU) est réputée pour abriter des organisations de défense des droits des femmes. Le département des sciences sociales forme les étudiants aux problématiques entourant les mouvements féministes et publie des travaux de recherche. Pas étonnant donc que les étudiantes soient massivement descendues dans les rues en décembre après l’affaire du viol.

La mobilisation est d’autant plus forte qu’elle est soutenue par les hommes. En décembre, ils étaient nombreux à battre le pavé. Et le 7 février, une troupe de théâtre emmenée par Sudhanva Deshpande, un metteur en scène, a organisé des concerts improvisés dans plusieurs bus de la capitale après 21h, lançant au préalable des invitations sur Facebook. La plupart des participants étaient des hommes. La mobilisation féministe s’est vite transformée en un mouvement populaire et urbain qui s’est organisé sur internet à coup de messages sur Twitter, de groupes Facebook et de pétitions. "La sécurité des femmes nous concerne", estime Sudhanva Deshpande. "Cette affaire renvoie une image inquiète de l’homme indien, qui serait macho, agressif à l’égard des femmes."

Le débat sur le viol est loin d’être éteint. Le 23 janvier, une commission dirigée par le juge Verma rend un rapport avec une liste de recommandations qui reprend plusieurs revendications féministes. Le texte propose un cadre juridique pour réprimer les délits sexuels. Une première en Inde. "C’est une étape importante", estime Pramada Menon, féministe de renom. "La commission a prêté attention à plusieurs questions de société comme les viols commis par l’armée dans les régions frontalières et les viols conjugaux." Les auteurs du rapport préconisent des peines plus sévères pour les attouchements sexuels. Ils conseillent l’instauration de peines de prison pour les délits de harcèlement sexuel. Ils recommandent que chaque mariage soit célébré en présence d’un magistrat pour s’assurer que l’épouse n’a pas eu à fournir de dot. Autre recommandation importante : la fin de l’immunité accordée aux militaires dans les affaires de viols sur les civils dans les régions en guerre, en particulier au Cachemire et dans le nord-est du pays.

Depuis la publication du rapport Verma, les féministes font pression sur le gouvernement pour que les recommandations soient adoptées au Parlement. Le combat sera long. Les autorités ont indiqué qu’elles ne retiendraient pas les propositions concernant la levée de l’immunité pour les soldats, ni celle réprimant le viol conjugal. Signe que les mentalités sont lentes à évoluer. Le viol du 16 décembre n’est d’ailleurs pas le premier à avoir choqué l’Inde.

Le gang des saris roses

En 1972, Mathura, une adolescente de 16 ans, est violée par deux policiers dans un commissariat de l’Etat du Maharashtra, dans l’ouest de l’Inde. La justice innocente les deux fonctionnaires. La décision déclenche une vague de protestation nationale, forçant les autorités à amender le code pénal. Les textes précisent désormais que la charge de la preuve ne repose plus sur la victime mais sur l’accusé. Hélas, les amendements peinent à être appliqués. C’est que le mouvement féministe indien souffre de son éparpillement. Les manifestations prévues le 14 février ont lieu dans les grandes villes du pays : Delhi, Bombay, Pune, etc.

Quid de la condition des femmes en milieu rural ? Dans les campagnes, les féministes savent pourtant se faire entendre. L’organisation la plus connue s’appelle le gang des saris roses. Lancée en 2006 par Sampat Pal Devi, une mère de famille de l’Uttar Pradesh, les militantes battent les maris violents. Dissuasif