Réactions Correspondante à Londres

La ville de Woolwich est encore sous le choc. L’assassinat de Drummer Rigby, un jeune militaire britannique de 25 ans, par deux hommes se réclamant de l’islam est encore dans les esprits. A la "Une" de la presse, le sujet est largement couvert avec, pour illustration, une capture d’écran d’une vidéo amateur montrant l’un des meurtriers présumés, les mains ensanglantées et armé d’un couteau et d’une machette. L’homme a justifié son geste comme étant une vengeance "pour tous les musulmans tués quotidiennement par des soldats britanniques" . Quelques minutes plus tard, la police a ouvert le feu. Les deux hommes ont été "hospitalisés dans deux hôpitaux londoniens distincts pour y recevoir des soins" , a brièvement déclaré un responsable de Scotland Yard. Leurs jours ne sont pas en danger. Jeudi soir, un homme et une femme ont été arrêtés pour complicité de meurtre dans cette affaire.

L’attaque a été prise très au sérieux par le gouvernement britannique. En déplacement à Paris, le premier ministre David Cameron a dénoncé un "acte barbare" et une "attaque épouvantable, manifestement de nature terroriste" . Dès mercredi soir, Downing Street avait annoncé un renforcement de la sécurité sur le lieu du drame, ainsi que dans toutes les casernes de la capitale britannique.

Calmer les esprits

David Cameron a convoqué une réunion de crise, jeudi, pour étudier les éventuelles mesures de sécurité à prendre après ce meurtre. Il a tout d’abord tenu à rendre hommage au soldat, père de deux enfants, avant de dénoncer cette agression. "Il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre la Grande-Bretagne et contre le mode de vie britannique. C’était aussi une trahison de l’islam et des communautés musulmanes qui apportent tant à notre pays."

De son côté, le maire de Londres, Boris Johnson a lancé un appel au calme. "Il est complètement insensé de mettre ce meurtre sur le compte de l’islam. Ce crime est l’acte de personnes dérangées."

Le Premier ministre et le maire tentent en effet de calmer les esprits pour éviter tout débordement ou représailles envers les musulmans de Grande-Bretagne. Une centaine de sympathisants de l’English Defence League, un groupe d’extrême droite, sont descendus dans la rue mercredi soir. Ils ont été contenus par la police antiémeute. Un homme, soupçonné d’avoir endommagé une mosquée, a été placé en garde à vue à Gillingham, au sud-est de la ville. Le leader du parti national britannique (BNP), Nick Griffin, a également réagi à l’assassinat du jeune soldat par des tweets provocateurs, appelant à une manifestation à Woolwich et considérant ce crime comme le résultat de "l’immigration de masse" .

Mohammed Ansar, politologue, a confié, dans une interview télévisée, sa crainte de représailles contre les musulmans du Royaume-Uni. "Il existe une peur et une haine envers les musulmans et l’islam. Dans le climat politique actuel, des étincelles peuvent mettre le feu aux poudres. Le véritable danger est que les communautés se tournent les unes contre les autres. Des musulmans ont été menacés suite à cette agression et des mosquées ont été attaquées." Il dénonce aussi un stéréotype qui ne rend pas service aux musulmans de Grande-Bretagne : "Aucune communauté n’est ainsi montrée du doigt quand un extrémiste, un criminel commet un tel acte. Ce genre de comportement, qui vise particulièrement les musulmans, doit cesser."