Le nouveau conseiller pour les affaires judiciaires de l'Elysée s'appelle Patrick Ouart. M.Ouart fut en son temps secrétaire général du groupe Suez. Il est, au même titre que Jean-Pierre Hansen, l'ancien administrateur délégué d'Electrabel, passible d'un renvoi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles dans le cadre d'un dossier d'espionnage informatique au sein de la filiale belge du groupe Suez. C'est en ce sens, en tout cas, qu'a requis le parquet, en août 2006. La chambre du conseil de Bruxelles se prononcera le 20 novembre.

L'affaire fait quelque bruit en France mais l'intéressé se dit serein alors que l'Elysée ne fait aucun commentaire.

Electragate

Le dossier fait état d'incitation au hacking, de hacking et d'interception de communications privées. Des préventions d'abus de biens sociaux et de vols avec effraction n'ont pas été retenues par le parquet.

Tard dans la soirée du 19 février 2004, trois hommes s'introduisent dans les bureaux d'Electrabel, à Bruxelles, afin d'en pirater le système informatique. Il s'agit de deux jeunes informaticiens employés par une firme lyonnaise et encadrés ce soir-là par un ancien agent secret français devenu patron d'une société de sécurité.

L'homme a été recruté par Olivier Foll, ancien directeur de la police judiciaire parisienne et consultant de Suez en matière de sécurité.

Electrabel dépose plainte pour espionnage informatique. Le juge d'instruction Lutgenz découvrira que les "plombiers" ont été introduits par des responsables de Suez, maison mère d'Electrabel. Jean-Pierre Hansen, muni de son badge, a ouvert les portes du bâtiment aux trois "spécialistes".

C'est peu après que le service informatique d'Electrabel détectera qu'une intrusion a été commise et qu'un software d'espionnage a été placé sur le PC du responsable "investor relations", Patrick Devos.

Officiellement, Jean-Pierre Hansen a accepté la "mission" du 19 février à la suite des craintes d'un raid hostile de la part du groupe énergétique espagnol Iberdrola mais beaucoup d'observateurs sont convaincus que cette visite s'inscrivait dans le contexte de méfiance de Suez vis-à-vis de sa filiale belge, soupçonnée de visées indépendantistes.

M. Hansen a toujours fait valoir qu'il avait agi "dans l'intérêt des entreprises et de bonne foi". Il s'agissait, selon lui, de vérifier la fiabilité du système informatique et de contrôler l'ordinateur d'un cadre soupçonné d'avoir divulgué des informations confidentielles.

Toujours est-il que le 7 août 2006, le parquet de Bruxelles a requis son renvoi en correctionnelle en même temps que ceux des trois "plombiers"; de Suez en tant que personne morale; et de M. Patrick Ouart.

Selon ce dernier, la justice belge "a abandonné l'essentiel des poursuites qui avaient été engagées sur des présomptions fantasmagoriques de délit financier".

"Il demeure une différence d'appréciation sur l'interprétation de la législation belge en matière de sécurité informatique [...]. J'attends avec sérénité la décision de la justice belge", a-t-il déclaré à France Info, ajoutant qu'on "n'aurait pas parlé de cette affaire si je n'avais pas été nommé à l'Elysée" et précisant que dans ce dossier , "il n'y a pas de plainte, pas de victime, pas de préjudice".