Alain Juppé a parfois retenu ses coups lors de ce dernier débat. Au risque d’acter un rapport de forces qui lui est à priori défavorable.


Soirée sous haute tension, entre Alain Juppé et François Fillon, pour ce quatrième et dernier débat de la primaire de la droite et du centre. On attendait l’affrontement entre les deux hommes, après les attaques violentes du maire de Bordeaux à l’encontre de son concurrent. Les rivaux ont confronté leurs projets, mais Juppé, globalement, s’est montré moins agressif que les jours précédents.


D’entrée de jeu, il a posé le débat, en disant qu’il avait de “l’amitié” et de “l’estime” pour Fillon....mais qu’il n’hésiterait pas à pointer les différences qui le sépare du député de Paris. Ce à quoi François Fillon a répliqué que le débat ne devait pas “être celui de la division.” Rapidement, les deux hommes sont entrés dans le vif du sujet. Fillon a dressé un tableau sombre de la situation du pays, en diagnostiquant une France au “bord de la révolte”.


Juppé, de son côté, s’est posé en président au-dessus de la mêlée, prêt à agir vite, par ordonnances, concernant en particulier les retraites, le code du travail, ou encore l’apprentissage. Il a réactivé au passage son image d’homme “droit dans ses bottes”, prêt à s’opposer aux éventuelles pressions de la rue. Fillon, de son côté, a déroulé son programme économique : réforme du marché de travail, baisse des impôts, allocation sociale unique, et promotion de l’alternance. Sur ces sujets, les différences entre les deux hommes ont semblé ténues.


Face aux accusations de casser le modèle social français, Fillon a répondu en rappelant les difficultés économiques traversées par le pays, manière de justifier un changement profond de ce modèle, “pour le rendre plus juste”. Fillon en a profité pour tacler ces “tenants d’une pensée unique qui vivent assez bien du système, et s’opposent à tout changement”. S’il s’est montré plutôt en accord sur le diagnostic global, Juppé a attaqué son rival concernant la Sécurité sociale, que Fillon veut réformer fondamentalement, au risque de dérembourser un certain nombre de maladies. Un tacle peu appuyé, qui n’a guère perturbé l’ancien député de la Sarthe, qui a tranquillement continué à décliner ses propositions, dont le mot d’ordre, selon ses termes, est de “débureaucratiser”. Tout en critiquant les journalistes, accusés eux de “caricaturer” ses positions. Une pratique devenue rituelle chez lui.


Le maire de Bordeaux a continué à critiquer Fillon sur divers sujets : Il a notamment reproché au député de Paris de ne pas l’avoir défendu, lorsqu’il avait été accusé, sur les réseaux sociaux, de complaisance avec l’islamisme. Jusqu’à être dénommé, sur certains sites d’extrême-droite, « Ali Juppé ». Le maire de Bordeaux s’est également étonné du soutien affiché de Vladimir Poutine à l’égard de l’ancien député de la Sarthe. Il a enfin rappelé que le gouvernement de François Fillon, en 2007, avait ouvert la porte à des ministres de gauche, comme Bernard Kouchner ou Jean-Pierre Jouyet.


Malgré tout, au final, Juppé a semblé éprouver des difficultés à malmener vraiment François Fillon, et à trouver le défaut dans la cuirasse. Prudent, il a surtout tenu à expliquer ses propositions, sans attaquer trop violemment. Quitte à rendre plus hypothétique un retournement de la situation en sa faveur.