Correspondante à New York

S'il y a un gagnant au premier duel présidentiel entre Barack Obama et John McCain, c'est sans doute la qualité du débat. Après l'incertitude, la semaine dernière, autour de la participation ou non du second et en plein fiasco financier, l'attention était au maximum pour ce baptême du feu des deux candidats devant une audience nationale de 60 millions de téléspectateurs vendredi soir.

Au final, cette confrontation de 90 minutes a offert un contraste clair entre les deux hommes, non seulement dans le style, mais aussi dans leur philosophie et vision politique.

Le démocrate Barack Obama, crédité d'une meilleure maîtrise des questions économiques, a dominé la première moitié du débat consacré à la gestion de la crise financière. Le républicain John McCain a pu mettre en question son adversaire sur la politique étrangère et la sécurité nationale, ses thèmes de prédilection.

Une des stratégies du candidat démocrate est de lier son adversaire à la politique du Président sortant. Sûr de lui, fixant la caméra ou s'adressant directement à son rival en l'appelant par son prénom, il a lancé la première attaque. "Nous devons reconnaître que cette crise est le point final de huit ans d'une politique économique erronée conduite par George W. Bush et soutenue par le sénateur McCain."

Le sénateur de l'Arizona s'est, lui, présenté comme le champion des économies de budget et le garant de l'ordre à Wall Street, mais est apparu vague sur l'issue de la crise financière. "Ceci n'est pas le début de la fin de la crise. C'est la fin du début. [...] Je suis confiant qu'avec les bons responsables à la tête du pays, des jours meilleurs sont devant nous."

Un ton paternaliste

Pour John McCain, l'enjeu était de dépeindre son adversaire comme un novice en politique étrangère. Reprenant du poil de la bête après un début de débat assez faible, le vétéran du Vietnam a adopté un ton souvent paternaliste à l'égard du sénateur de l'Illinois, martelant une demi-douzaine de fois que son rival "ne comprenait pas" les enjeux internationaux. Il lui a ainsi reproché de ne pas reconnaître que le renfort des troupes en Irak était un succès. "Nous gagnons en Irak", a ainsi affirmé McCain.

"John, c'est comme si vous prétendiez que la guerre a commencé en 2007... vous avez eu tort. [...] La guerre en Irak n'était pas justifiée", a rétorqué Obama.

Les deux candidats ont campé sur leurs positions sur un certain nombre de dossiers internationaux, dont la question de savoir s'il fallait rencontrer sans condition les dirigeants des "pays ennemis". "Je suis prêt à rencontrer les personnes de mon choix à un moment et un endroit de mon choix, si je pense que cela peut contribuer à la sécurité des Etats-Unis", a indiqué Barack Obama.

John McCain, lui, a été catégorique dans son rejet de s'asseoir à la table du président iranien Mahmoud Ahmadinejad qui a appelé à la destruction d'Israël. "Nous ne pouvons pas permettre un second holocauste."

Enfin, mettant en avant son expérience au Congrès, John McCain a estimé qu'il avait le profil de l'emploi. "J'ai été impliqué dans pratiquement chacun des défis majeurs de sécurité nationale auxquels nous avons été confrontés au cours des 20 dernières années. Je ne pense pas avoir besoin de formation pour le poste (de président). Je suis prêt à le prendre tout de suite."

Obama vainqueur

Tandis que le jeune sénateur métis a conclu en disant qu'à ses yeux, il était important que le prochain président des Etats-Unis ait une large vision stratégique des défis mondiaux. "C'est quelque chose que nous avons perdu de vue ces huit dernières années et que je veux rétablir."

Selon un sondage réalisé tout de suite après le débat par la chaîne de télévision CBS auprès des électeurs indécis, Barack Obama est sorti vainqueur du débat pour 39 pc des sondés, tandis que 25 pc pensent que McCain est le gagnant.