"Dégoûtées" par le Rubygate, les Italiennes descenderont dans la rue

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"Dégoûtées" par le Rubygate, les Italiennes descenderont dans la rue
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Pour une bonne partie des Italiennes, l'image que renvoie d'elles le scandale sexuel Rubygate impliquant Silvio Berlusconi a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et elles s'apprêtent à manifester en grand nombre le 13 février pour "défendre leur dignité".

"Ce n'est pas une mobilisation politique, c'est un mouvement au départ spontané de femmes très différentes, de tous les âges, d'artistes et de personnes normales", explique à l'AFP Elisa Davoglio, une poétesse de 35 ans, qui gère le blog créé pour l'occasion (http://senonoraquando13febbraio2011.wordpress.com). Leur manifeste intitulé "Si ce n'est pas maintenant alors quand ?", signé par plus de 50.000 femmes en une semaine, dénonce avec force "la représentation indécente et répétée de la femme comme objet nu de commerce sexuel dans les journaux, à la télévision et la publicité".

"Nous sommes submergées d'appels de femmes voulant participer, c'est comme une avalanche à laquelle nous ne nous attendions pas", raconte à l'AFP la cinéaste Francesca Comencini, l'une des organisatrices avec sa soeur Cristina, également cinéaste comme leur père Luigi. Un spot vidéo circule largement sur Youtube pour appeler à la mobilisation et dimanche: des flash-mobs (appels à réunion par les réseaux sociaux), des lectures "non stop" et des manifestations sont prévues dans une centaine de villes, dont Rome et Milan. Le comportement du chef du gouvernement, soupçonné d'avoir rémunéré les prestations sexuelles d'une mineure surnommée Ruby, y sera directement pointé du doigt.

Aucune appartenance syndicale ou politique ne pourra être revendiquée, mais inhabituellement un grand nombre de femmes de droite, jusqu'à récemment membres de la majorité au pouvoir, ont annoncé leur présence. "Berlusconi a montré un violent mépris pour les femmes depuis longtemps avec ses remarques mysogynes", souligne Francesca Comencini. Mais "là, on a dépassé les limites du tolérable, il donne une image de la femme totalement archaïque", renchérit Cristina, promotrice du groupement "Di Nuovo" (http://dinuovodinuovo.blogspot.com/), créé pour attirer l'attention sur la situation "terrible" des Italiennes. Elisa du blog s'y rendra avec son bébé de trois mois et son compagnon car tous les hommes "amis" de la cause sont les bienvenus.

Pas question non plus de dresser des catégories de femmes contre d'autres: "Ce n'est pas une mobilisation contre les call-girls", explique Elisa. D'ailleurs le Mouvement de défense des droits des prostituées participera à la manifestation de dimanche. "Nous voulons nous opposer à cette culture diffuse qui veut qu'on peut prendre des raccourcis, gagner plein d'argent, qu'il suffit de se faire belle, d'aller à une fête et de se vendre même pour une nuit", relève Lunetta Savino, une actrice de théâtre connue.

La mobilisation qui rassemblera des célébrités comme l'architecte Gae Aulenti ou l'actrice Laura Morante cherchera à démontrer à travers leur histoire qu'il est possible de réussir autrement. Au-delà de dimanche, Cristina, Francesca et les autres espèrent que le mouvement débouchera au printemps sur un grand congrès et la création d'un réseau pour fédérer des associations féminines, "trop atomisées et dépourvues de poids politique".

"Ni les gouvernements de droite ni ceux de gauche n'ont jamais rien fait" pour les femmes, déplore Cristina Comencini, en constatant une "discrimination dans l'accès au marché du travail à cause d'un manque de crèches, d'aides familiales, d'emplois à temps partiel". En Italie où le taux de natalité est de 1,4 enfant par femme (l'un des plus faibles d'Europe), seule une femme sur deux (59% dans l'UE) travaille, bien qu'elles soient en moyenne plus diplômées que les hommes.

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