Delphine MATTHIEUSSENT Correspondance particulière

Alors qu’elle resserre son étau sur la ville de Gaza, l’armée israélienne, outre les barrages d’artillerie et les rafales d’armes automatiques, a plus que jamais recours à des leurres et des moyens d’actions psychologiques contre les combattants du Hamas. Les pilotes israéliens procèdent ainsi au largage massif de prospectus invitant les civils à fuir les zones de combats et à se désolidariser du mouvement islamiste. "Des centaines de milliers de prospectus, rédigés en arabe, ont été largués pour pousser les civils à quitter les zones de combats", indique la porte-parole de l’armée Avital Leibovich, qui refuse de confirmer l’existence d’une "guerre psychologique" menée par l’armée israélienne.

Les messages de certains de ses prospectus, rendus publics par les médias israéliens, sont pourtant clairs. "Les lanceurs de roquettes et les terroristes sont un danger pour vous et votre famille. Appelez ce numéro et précisez l’endroit depuis lequel sont lancées les roquettes ou la localisation des cellules terroristes dans votre quartier". Ou encore : "Le Hamas vous mène au désastre. S’il-vous plaît, informez-nous de toute activité terroriste, ne laissez pas le Hamas lancer des roquettes depuis les zones proches de chez vous".

Piratage des radios

Autre méthode très utilisée : le piratage des radios du Hamas et des différents groupes armés palestiniens pour faire passer des messages incriminant le mouvement islamiste du déclenchement de la guerre. Un des présentateurs de "La voix de Jérusalem", la radio du Jihad islamique à Gaza, explique ainsi qu’au moins une fois toutes les heures, l’armée israélienne pirate ses ondes pour diffuser des messages anti-Hamas. Enfin, les Gazaouis auraient reçu directement sur leurs téléphones portables des SMS leur transmettant le même type de message. En raison de la redoutable efficacité des renseignements israéliens dans la Bande de Gaza, où l’Etat hébreu n’a jamais cessé d’entretenir des réseaux d’informateurs, l’armée dispose de nombreux numéros de téléphone privés, souligne le major général de réserve Yaakov Amidror, ancien chef de l’unité de recherche des services d’informations militaires. "Il s’agit d’abord de limiter les pertes civiles en prévenant les Palestiniens de l’imminence de bombardement, assure Yaniv Levyatan, professeur à l’Université de Haïfa, expert de la guerre psychologique. L’armée cherche aussi à créer une alternative pour la population, à les convaincre que le Hamas les mène au désastre, à leur montrer qu’il y a une autre option, une autre voie que le mouvement islamiste." Le problème de ce type de guerre est que ses effets sont tardifs, ajoute-t-il cependant. Cet expert estime qu’il faudra attendre plusieurs mois après la fin des opérations militaires dans la Bande de Gaza avant de pouvoir évaluer l’impact des messages transmis aux Gazaouis par l’armée israélienne.

© Libération

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