C'est ce qu'a répondu le parquet aux parties civiles, dans la mesure où le cardinal lyonnais a fait appel de sa condamnation.

Rome avait fait valoir à l'automne "l'immunité fonctionnelle" de l'Espagnol Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, pour refuser sa comparution devant le tribunal correctionnel aux côtés de Philippe Barbarin - condamné depuis à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'agressions sexuelles commises dans son diocèse.

En 2015, les deux cardinaux avaient échangé au sujet du père Bernard Preynat, mis en cause par d'anciens scouts. Le prélat romain avait conseillé d'écarter ce prêtre "en évitant le scandale public", consigne suivie à la lettre par l'archevêque de Lyon qui n'a pas alerté la justice.

Dans la foulée de la condamnation de Mgr Barbarin le 7 mars, un avocat des parties civiles a sollicité "l'appui du ministère public" afin d'obtenir la levée de l'immunité de Mgr Ladaria, qu'il accuse d'être un "complice".

"Au regard de la motivation précise de la décision rendue par le tribunal correctionnel, il ne fait aucun doute que (...) le cardinal Luis Ladaria Ferrer est tout à fait susceptible de faire l'objet d'une condamnation pénale en France pour complicité par instructions", écrivait Me Jean Boudot au parquet le 20 mars.

"Votre demande tendrait à tirer les conséquences de la motivation du jugement" prononcé le 7 mars, lui a répondu vendredi le procureur de la République à Lyon, Nicolas Jacquet.

"Comme vous le savez, le cardinal Barbarin a interjeté appel de cette décision. Dans ces conditions, il m'apparaît prématuré de procéder à l'examen de votre demande tant que la cour d'appel n'aura pas définitivement statué", a-t-il ajouté dans un courrier dont l'AFP a eu copie.

Le parquet de Paris ayant récemment demandé la levée de l'immunité du nonce apostolique Luigi Ventura, représentant du Saint-Siège en France où il est accusé d'agressions sexuelles, les parties civiles espéraient "bénéficier du même soutien".

"Le parquet de Lyon a décidément beaucoup de mal à s'extraire de la personnalité des individus mis en cause dans ce dossier", déplore François Devaux, un des fondateurs de l'association de victimes La Parole Libérée qui a porté la procédure contre Mgr Barbarin.

Pour lui, l'argument de l'appel ne tient pas: "il y a suffisamment d'éléments pour qu'a minima une enquête soit ouverte sur les instructions données par Mgr Ladaria et le rôle joué par sa Congrégation dans l'affaire".

En 2016, le parquet de Lyon avait classé sans suite l'enquête visant le cardinal Barbarin. A son procès en mars, il n'a pas réclamé de condamnation.