Moins grave que prévu. Dimanche soir, sans pour autant avoir la moindre raison de pavoiser, François Hollande a au moins pu se dire que le Parti socialiste avait limité la casse, au premier tour des élections départementales.

Les instituts de sondage avaient donné ce parti sous la barre des 20 %. Or, il a réussi à franchir ce seuil symbolique. En milieu de soirée, il était évalué entre 21 et 25 % (vers les 28 %, si l’on additionne les scores de ses alliés de gauche). Manuel Valls, visiblement soulagé, y a vu un "score honorable".

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La gauche menacée dans ses fiefs

La gauche n’en a pas moins été éliminée du second tour dans un demi-millier de cantons, sur les quelque 2 000 qui étaient en lice. Et elle peut craindre de voir nombre de départements changer de majorité, à l’issue du second tour de dimanche prochain.

Avant l’élection, elle dirigeait 60 des 101 départements. Dans une semaine, elle peut redouter d’en perdre au minimum la moitié, alors que, aux élections municipales de 2014, déjà, la gauche avait déjà perdu quelque 150 villes.

La gauche est menacée y compris dans certains de ses fiefs. La Corrèze, le département de François Hollande, que le PS n’avait conservé que de justesse (deux sièges d’avance), en 2011. Le Nord et le Pas-de-Calais, où le Front national a très souvent cartonné, dimanche. La Seine-Saint-Denis, qui est à gauche depuis 1968, et où François Hollande, en 2012, réussit son meilleur score présidentiel (65 %). L’Essonne de Manuel Valls, que le PS dirige depuis 17 ans. Le PS ne peut même pas être certain de conserver les Côtes-d’Armor (socialistes depuis 1976) et le Gard (à gauche depuis plus d’un siècle).

Premier succès sarkozyste

Ce premier tour d’élections départementales constituait le premier scrutin d’envergure nationale, depuis le grand "retour" de Nicolas Sarkozy en politique active. Dimanche soir, l’ex-Président a pu exulter.

L’UMP (alliée aux centristes de l’UDI) a viré en tête du premier tour, autour des 30 %. Et a réussi à ne pas se faire devancer par le Front national. "Nos compatriotes se sont massivement détournés de la gauche", a salué le n°1 de l’UMP, diagnostiquant une "profonde aspiration à un changement clair".

L’UMP-UDI espère inverser en sa faveur le rapport de forces départemental droite/gauche : le faire passer de 40/60 à 60/40. Officiellement, son objectif est de faire basculer vingt départements. Officieusement, il espère en prendre trente à la gauche. L’idéal pour elle étant de repeindre la France en bleu, en possédant les trois quarts des départements - comme dans le milieu des années 90.

Le FN stagne à un niveau élevé

Le Front national, qui était crédité de quelque 30 % des intentions de vote, pouvait espérer être le premier parti. C’est raté.

Dimanche, outre qu’il a été devancé par la droite, il est resté dans l’étiage de son record historique du scrutin européen de 2014 (25 %). Marine Le Pen a toutefois qualifié ce résultat d’"exploit". Selon elle, il témoigne que son parti "s’enracine, élection après élection". Et ce score à un niveau élevé constitue un "désaveu cinglant"pour Manuel Valls, qui avait mené une campagne très anti-frontiste.

Ce résultat du FN, même s’il est moindre que ce qu’il espérait, est un net progrès par rapport aux cantonales de 2011. A l’époque, les lepénistes avaient recueilli 15 % des suffrages à l’échelle nationale (19 % dans les cantons où ils se présentaient).

Le Front convoite plusieurs départements de Picardie. Dimanche, dans nombre de cantons, il y est arrivé en tête, avec parfois 40 % des voix. Dans le Midi, pareillement, le FN a fait ses meilleurs résultats dans le Vaucluse et le Var, ces zones qui lui ont déjà donné deux parlementaires. Au final, toutefois, rien ne dit que le Front arrivera à décrocher l’un ou l’autre département.

Davantage de triangulaires que prévu

D’autant que, dimanche, les Français se sont un peu moins abstenus que prévu. La participation a été autour des 50 %. C’est bien plus que l’abstention moyenne des quinze élections cantonales précédentes (38,7 %), mais c’est moins que ce qu’avaient envisagé les sondeurs (autour de 60 %). Au premier tour de 2011, l’abstention avait culminé à 55,7 % : en hausse de plus de vingt points par rapport à 2008. On peut difficilement comparer la participation de 2015 et celle 2011, car, dimanche, deux fois plus d’électeurs étaient appelés aux urnes qu’il y a quatre ans. A l’époque, en effet, le paysage départemental n’était renouvelé que pour moitié à chaque scrutin cantonal.

Cette participation meilleure que prévu ainsi que l’effondrement moindre qu’annoncé du PS auront un impact sur la configuration du second tour. Le nombre de triangulaires UMP-FN-PS sera beaucoup plus important que prévu, ce qui rendra l’issue du scrutin un peu plus incertaine.

Les élections départementales: comment ça marche ?

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