Un des documents diplomatiques américains révélés lundi par le site internet Wikileaks confirme au moins implicitement la présence d'armes nucléaires en Belgique, jamais - ou très rarement - admise officiellement. L'un de ces documents est un câble diplomatique datant du 12 novembre 2009 et adressé par l'ambassade des Etats-Unis en Allemagne au département d'Etat (ministère des Affaires étrangères) à Washington, qui relate une conversation entre l'ambassadeur américain à Berlin, Philip Murphy, le sous-secrétaire d'Etat américain Phil Gordon et un conseiller à la sécurité de la chancelière Angela Merkel, Christop Heusgen.

En réponse à une question de M. Gordon sur le possible retrait de toutes les bombes nucléaires stationnées en Allemagne, M. Heusgen se distancie de la demande en ce sens faite par le ministre allemand des Affaires étrangères, le libéral (FDP) Guido Westerwelle, qui souhaite le départ de ces engins - des bombes à gravité de type B-61 pouvant être emportées par de chasseurs-bombardiers Tornado.

Le conseiller de la chancelière chrétienne-démocrate (CDU) ajoute qu'à son sens, un retrait unilatéral "des vingt" armes nucléaires tactiques encore stationnées en Allemagne n'a guère de sens, alors que la Russie en conserve "des milliers", selon ce compte-rendu classé "confidentiel".

M. Gordon a alors évoqué les conséquences potentielles de la proposition allemande, soulignant qu'un retrait des armes nucléaires d'Allemagne "et peut-être de Belgique et des Pays-Bas" pourrait "rendre très difficile pour la Turquie de maintenir son propre arsenal, même si elle est encore convaincue du besoin de le faire".

Les pays de l'OTAN accueillant des armes nucléaires américaines n'ont jamais ni confirmé ni démenti cette présence même si elle est un secret public, notamment en ce qui concerne la base aérienne de Kleine-Brogel (Limbourg). M. Westerwelle, ainsi que ses homologues belge, luxembourgeois, norvégien et néerlandais avaient en février demandé à l'OTAN un débat sur sa "politique nucléaire", souhaitant implicitement l'élimination des quelque 240 bombes atomiques B-61 largables d'avion que les Etats-Unis, d'après des experts, stockent encore dans cinq pays de l'OTAN (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas et Turquie).

Lors de son dernier sommet, les 19 et 20 novembre à Lisbonne, l'Alliance atlantique s'est engagée à maintenir "une combinaison appropriée de forces conventionnelles, nucléaires et de défense antimissile", tout en annonçant un "examen" de la posture générale de l'OTAN, y compris sur le plan nucléaire, qui pourrait avoir lieu en 2011.

La présence d'armes nucléaires américaines à Kleine-Brogel n'a à ce jour été reconnue publiquement qu'une seule fois, en 1988, par le ministre de la Défense de l'époque, Guy Coëme.

S'exprimant à l'occasion du départ de Florennes des missiles de croisière américains retirés en vertu du traité INF de 1987 après trois ans de présence, M. Coëme avait reconnu le 13 décembre 1988 que des armes nucléaires se trouvaient sur la base limbourgeoise. "A l'exception de Kleine-Brogel, il n'y a pas d'autres types d'armes nucléaires dans notre pays", avait-il affirmé - à la consternation de l'ambassadeur américain, Maynard Glitman.

La politique constante de l'OTAN est celle du "no-no" (ni confirmer ni démentir) tout en reconnaissant que certaines bases et avions alliés disposent d'une "double capacité" (conventionnelle et nucléaire).