Des enfants parfois âgés de sept ans travaillent dans des conditions périlleuses dans les mines de République démocratique du Congo (RDC) pour extraire du cobalt utilisé dans les batteries lithium-ion destinées à la fabrication de smartphones ou de voitures électriques. 

De grandes multinationales comme Apple, Samsung et Sony n'effectuent pas les contrôles élémentaires afin de vérifier que la fabrication de leurs produits n'intègre pas de cobalt extrait par des enfants, pointent les ONG Amnesty International et Afrewatch dans un rapport publié mardi. Seule une des 16 entreprises contactées dans le cadre du rapport a reconnu utiliser du cobalt en provenance de ces mines. "Des millions de personnes bénéficient des avantages des nouvelles technologies, sans se préoccuper de la manière dont elles sont fabriquées. Il est temps que les grandes marques assument leur part de responsabilité dans l'extraction des matières premières qui rendent leurs produits si lucratifs", explique Mark Dummett, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains à Amnesty International.

Amnesty a contacté 16 multinationales comme Lenovo, Microsoft et Volkswagen, inscrites sur la liste clients des fabricants de batteries recensés comme se procurant du minerai transformé auprès de Huayou Cobalt, géant chinois de l'exploitation minière opérant en RDC. L'une d'entre elles a reconnu ce lien, tandis que quatre n'ont pas pu dire avec certitude si elles achètent du cobalt provenant de RDC ou fourni par Huayou Cobalt. Six ont affirmé qu'elles enquêtaient sur ces allégations. Cinq ont nié se procurer du cobalt auprès de Huayou Cobalt, alors qu'elles figurent sur les listes clients des fabricants de batteries. Deux multinationales ont nié se procurer du cobalt provenant de RDC, rapporte l'ONG dans son rapport.

Certains enfants ont affirmé travailler jusqu'à 12 heures par jour dans les mines, transportant de lourdes charges, pour gagner entre un et deux dollars par jour. Selon l'Unicef, en 2014, environ 40.000 enfants travaillaient dans les mines dans le sud de la RDC, dont beaucoup dans des mines de cobalt.

Entre septembre 2014 et décembre 2015, au moins 80 mineurs sont morts sous terre dans le sud de la RDC. Aucun chiffre précis n'est cependant connu actuellement: "de nombreux accidents ne sont pas signalés et les cadavres restent ensevelis sous les décombres", selon l'ONG.

Aucune règlementation n'entoure actuellement le marché mondial du cobalt. Il n'entre pas dans la catégorie des "minerais du conflit" réglementés aux États-Unis. "Tant que les entreprises ne seront pas tenues légalement de contrôler la provenance des minerais et leurs fournisseurs et de rendre ces informations publiques, elles continueront de tirer profit de violations des droits humains. Les gouvernements doivent en finir avec ce manque de transparence, qui permet aux entreprises de tirer profit de la misère", dénonce Mark Dummett.

"C'est le grand paradoxe de l'ère numérique: des entreprises parmi les plus florissantes et innovantes du monde sont capables de commercialiser des produits incroyablement sophistiqués sans être tenues de révéler où elles se procurent les matières premières incluses dans leurs composants", pointe le directeur exécutif d'Afrewatch, Emmanuel Umpula.

Des chercheurs d'Amnesty International et d'Afrewatch se sont entretenus, en avril et mai 2015, avec 87 mineurs de cobalt, dont 17 enfants, travaillant sur cinq sites miniers dans le sud de la RDC.

La RDC est responsable d'au moins 50% de la production mondiale de cobalt.