La suspension de taxes "enfin" annoncée par l'exécutif face à la crise des "gilets jaunes", c'est "trop peu, trop tard", estime la presse dans son ensemble mercredi.

"Il fallait s'y attendre! Aux yeux d'une majorité de 'gilets jaunes', c'est trop peu et trop tard", déplore Yves Thréard dans son édito du Figaro. Toujours dans le quotidien conservateur, Guillaume Tabard juge que "si 'gouverner, c'est choisir', selon la sage formule de Pierre Mendès France, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ne gouvernent plus".

Pour Libération, l'exécutif est "en marche arrière". "Le gouvernement a tout lâché. Mais ce 'tout' n'est pas forcément assez", prévient Laurent Joffrin dans son édito.

"Ça passe ou ça casse", s'inquiète Le Parisien en une, soulignant qu'Emmanuel Macron et Édouard Philippe se sont "enfin" décidés à suspendre la hausse des taxes sur les carburants qui embrase le pays depuis près d'un mois. "Cela suffira-t-il à calmer les esprits? Rien n'est moins sûr", pour l'éditorialiste du quotidien populaire, Jean-Baptiste Isaac.

"Des miettes ne suffisent pas", lance L'Humanité à la une. "Le pouvoir recule, mais pied à pied, lâchant des miettes", s'indigne Patrick Apel-Muller dans son édito.

"Trop peu, trop tard, donc. Et trois jours seulement pour éviter un 'Acte IV' qui pourrait être encore plus tragique", commente également Daniel Muraz dans le Courrier picard.

Dans La Montagne Centre France, Florence Chédotal fait chorus "trop tard, trop peu, dit-on, mais surtout trop de gâchis au passage", note-t-elle.

Patrice Moyon, dans Ouest-France, trouve également que "ces annonces viennent tard. Et peut-être trop tard. Plus personne ne semble vouloir écouter", constate-t-il.

"Une goutte d'eau dérisoire; un tout petit recul loin des mesures sociales nécessaires et réclamées", juge Françoise Verna dans La Marseillaise.

"Macron, président normal" 

"Macron, président normal", titre Alain Auffray dans Libération, en estimant que le recul de l'exécutif était "rendu nécessaire par l'ampleur de la contestation" et "fait voler en éclats le mythe du président jupitérien et réformateur". "Le président 'vertical' se retrouve à l'horizontale, allongé sur le tapis", ironise le patron du quotidien de gauche, Laurent Joffrin, dans sa lettre politique.

"Désormais, ces Gaulois réfractaires au changement assument parfaitement leur décalage par rapport au nouveau monde", s'amuse Bernard Maillard du Républicain lorrain. "Ce n'est plus Jupiter qui domine mais le peuple qui s'impose", affirme-t-il.

"À ne jamais trouver le bon langage, le pouvoir récolte la monnaie de sa pièce: quand le Premier ministre gèle des taxes à venir, la France des fins de mois ardues réclame leur abolition", assène Didier Rose dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace.

Dans La Presse de la Manche, Jean Levallois juge qu'il "faut retrouver l'oreille du peuple" mais assure que "ça ne se fera pas en offrant aux Français quelques pièces de verroterie comme le faisaient les colonisateurs aux chefs de tribus africaines".

De son côté, dans Les Échos, Cécile Cornudet pense que "le problème pour Emmanuel Macron, c'est d'avoir à réinventer sa méthode au moment où il gère une crise aiguë. En même temps, pourrait-on dire."

"Consultation des partis d'opposition, utilisation du Premier ministre comme fusible, débat à l'Assemblée ce mercredi suivi d'un vote, soutien appuyé aux forces de l'ordre: le scénario élaboré par Emmanuel Macron après le chaos parisien du week-end est conforme aux institutions et à la vie politique sous la Ve République", commente Benoît Gaudibert dans L'Est Républicain.

"Le problème, c'est qu'il répond de manière classique à un mouvement social qui ne l'est absolument pas", commente-t-il, en soulignant que la "révolte partie de la base (...) rejette les codes des conflits traditionnels entre État et syndicats."

© AFP