Les partisans du Fatah poursuivaient leur fronde samedi contre la direction de leur parti, défait par le Hamas aux élections, provoquant de vives tensions dans les territoires palestiniens, où des affrontements armés ont eu lieu entre vainqueurs et perdants.

A Gaza, des centaines de partisans du Fatah, dont de nombreux membres des forces de sécurité, ont brièvement occupé l’enceinte du Conseil législatif palestinien (CLP), le Parlement, après avoir défoncé les grilles d’entrées.

«Nous demandons la démission du Comité central du Fatah, du Conseil de la révolution (les instances dirigeantes du parti, ndlr) et la démission des dirigeants locaux » du parti, ont affirmé les manifestants.

A Ramallah, en Cisjordanie, une quarantaine de membres des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, un groupe armé lié au Fatah, de Mahmoud Abbas ont aussi pénétré dans l’enceinte du CLP et ont tiré en l’air à partir du toit du bâtiment.

Au total, ce sont près de 5.OOO personnes qui ont manifesté à travers la Cisjordanie -à Naplouse, Jénine, et Ramallah- pour crier leur colère contre la direction de leur parti, accusée d’être responsable de la cuisante défaite face au Hamas.

Les manifestants ont également rejeté toute participation du Fatah à un gouvernement qui serait dirigé par le Hamas.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des affrontements armés ont fait neuf blessés, dont cinq membres des forces de sécurité palestiniennes, à Khan Younès (sud de la bande de Gaza) et ses alentours, après une première journée de manifestation dans la bande de Gaza qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes.

Hamas a remporté les législatives de mercredi en obtenant 76 sièges sur les 132 du Parlement contre 43 pour le Fatah, qui a régné sans partage pendant une décennie sur les institutions de l’Autorité palestinienne.

Les manifestations «sont un sujet de grande inquiétude. (...) Nous gèrerons cela de manière politique et par la persuasion. Mais les services de sécurité prendront également leur responsabilité en maintenant l’ordre », a affirmé le vice-Premier ministre Nabil Chaath, lors d’une conférence de presse.

«Nous ne plierons pas face aux tentatives de créer le chaos », a-t-il ajouté, qualifiant les évènements «d’expression de colère » qui devrait «se dissiper ».

Le député et homme fort du Fatah dans la bande de Gaza, Mohammed Dahlane, a de son côté précisé que la «base » du parti et ses «cadres » restaient «fidèles » à Mahmoud Abbas.

Le chef du Hamas en exil, Khaled Mechaal, a affirmé que son mouvement allait «réussir dans la politique et les réformes, comme il a réussi dans la résistance » contre l’occupation israélienne.

«Nous avons une Autorité créée sur la base (des accords) d’Oslo (sur l’autonomie palestinienne) et nous allons adopter une approche très réaliste de cette réalité sans pour autant que cela soit en contradiction avec le droit de notre peuple », a-t-il ajouté depuis Damas, en prônant le «dialogue » avec M. Abbas.

En Israël, où l’écrasante victoire du Hamas a créé la surprise, le ministre israélien de la Défense Shaoul Mofaz a averti que les chefs du Hamas ne jouiront d’aucune «immunité » s’ils persistent dans leurs attaques «terroristes » contre Israël.

Israël a aussi précisé qu’il ne permettrait pas aux députés du Hamas de circuler librement entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.

Sur le front international, le président américain George W. Bush a averti vendredi que les Etats-Unis couperaient les aides aux Palestiniens si le Hamas ne renonçait pas à la violence et à son projet de détruire Israël une fois au pouvoir.

«Nous demandons aux Etats-Unis de cesser leur partialité et de reconnaître les résultats du processus démocratique. Nous n’accepterons pas une politique de pressions et de chantages », a répondu le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri.

«Les déclarations de Bush montre une nouvelle fois la partialité en faveur des intérêts » d’Israël, a-t-il ajouté.

Plus nuancée, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a appelé Israël, dans une interview à paraître dimanche, à coopérer avec le Hamas si celui-ci accepte de renoncer à la violence.