Des centaines de réfugiés musulmans, pour la plupart iraniens, se préparent ces derniers mois à se convertir au protestantisme au Danemark, par conviction ou dans l’espoir d’augmenter leurs chances d’obtenir le droit d’asile. Cette poussée de conversions, qui n’a jamais été aussi forte, préoccupe le ministre danois du Culte, Bertel Haarder, qui a exhorté les pasteurs de l’Eglise évangélique-luthérienne d’Etat à attendre que leur demande d’asile soit examinée avant de baptiser ces nouveaux venus.

"C’est dans le propre intérêt des réfugiés et pour écarter tout soupçon sur leurs motivations qui seraient liées à l’espoir d’obtention plus facile du droit d’asile", a-t-il expliqué.

Selon l’association d’entraide aux réfugiés chrétiens, Folkekirkens Asylsamarbejde, au moins cent Iraniens ont été baptisés depuis la fin de l’année dernière et entre 250 à 300 demandeurs d’asile (iraniens et afghans notamment) participent actuellement à des cours de préparation au baptême.

Une stratégie risquée et peu payante

Cet engouement croissant des musulmans pour le christianisme s’explique, peut-être, par le fait que la commission de recours des réfugiés a réexaminé l’année dernière plusieurs cas de refus des services de l’immigration, accordant finalement l’asile à 42 sur 55 réfugiés convertis, qui craignaient d’être persécutés s’ils étaient expulsés vers leurs pays.

Mais ces cas paraissent plus des exceptions que la règle. Les instances chargées de l’examen des demandeurs d’asile ont rarement considéré la conversion au christianisme comme une raison valable d’asile. Pour preuve, l’expulsion en 2012 d’un Afghan, considérant qu’il ne risquait rien dans son pays s’il évitait d’afficher en public sa nouvelle foi chrétienne. Une décision qui avait suscité les protestations des évêques du royaume scandinave.

Mais ceux qui ont côtoyé ces apprentis convertis n’ont guère de doute quant à leur motivation et au danger qu’ils courent. "Tous ceux que nous avons rencontrés étaient très conscients des conséquences qui peuvent être fatales suite à leur conversion, et les pasteurs leur disent clairement qu’ils risquent jusqu’à leur vie", commente Marlene Ringgaard, professeur en théologie à l’Université de Copenhague.

Pour Mogens Mogensen, maître de conférences sur les relations entre chrétiens et musulmans, "les autorités soulèvent naturellement la question de la crédibilité de ces conversions au christianisme qui peuvent être utilisées comme moyen d’obtenir l’asile". "Et on ne peut pas l’exclure", estime-t-il.

Toutefois, "la longue et minutieuse préparation au baptême peut toutefois dissuader ceux qui ne sont pas convaincus par ce changement de religion", et qui cherchent à se convertir aux seules fins d’augmenter leurs chances d’obtenir l’asile.