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ENTRETIEN

Marie-Christine Lothier, qui travaille à Entraide et Fraternité/Vivre ensemble, est membre du Forum social de Charleroi et responsable d'un groupe de travail «Nord-Sud».

Elle se rend à Paris cette semaine, au sommet altermondialiste (NdlR: voir ci-dessus), en compagnie d'un groupe de personnes démunies, de chômeurs de longue durée, de sans-abris.

«Toute la relation Nord-Sud m'intéresse beaucoup parce que je suis confrontée très directement à l'exclusion en Belgique, dit-elle. L'articulation avec la problématique du tiers-monde est enrichissante pour comprendre la mécanique menant à l'exclusion.»

Boycott des fruits israéliens

Au sein du groupe de travail «Nord-Sud», Marie-Christine tente de mettre en oeuvre des actions très concrètes. Elle veut impliquer les associations de lutte contre l'exclusion sociale -maisons de quartiers et autres- et les ouvrir à la réalité du Sud. «Nous avons par exemple beaucoup travaillé sur la Palestine en lien avec les actions de boycott des légumes et des fruits israéliens, explique-t-elle. L'idée était de permettre à des personnes en décrochage social de sensibiliser les magasins à cette question. Cette mobilisation leur donne le sentiment de pouvoir agir sur des choses qui, apparemment, les dépassent.»

Avec l'association Solidarité nouvelle, une action -impliquant des sans-abris- a été entreprise sur le logement en liaison avec le mouvement brésilien des Sans-Terre, qui se bat là-bas pour une répartition plus équitable des propriétés foncières. «Des échanges ont été faits entre usagers afin qu'ils partagent leurs expériences.»

Une maison de quartier, La Rochelle à Roux, travaille elle aussi sur la participation via des contacts noués dans les Philippines. «Ces personnes démunies doivent reprendre confiance en elles, insiste Marie-Christine Lothier. A force d'avoir vécu des situations d'exclusion, elles ont souvent le sentiment d'être inutiles. Ces gens doivent reprendre pied par le biais d'un travail citoyen en lien avec le Sud.»

Comprendre et agir

Cette dynamique d'échanges d'expériences entre le Nord et le Sud trouvera donc un prolongement à Paris, pendant les quatre jours du Forum social européen. «Nous voulions véritablement mobiliser les membres de ces associations. Il est important d'avoir des intellectuels au sein de ces forums, bien sûr, mais il faut aussi entendre la voix des gens de terrain, qui vivent eux-mêmes des situations difficiles. L'intérêt est de croiser les regards, de s'enrichir mutuellement.»

Une quarantaine de personnes partiront de Charleroi à destination de Paris. Elles y retrouveront des partenaires du Sud. «Ce processus de réhabilitation est lent, reconnaît la représentante du Forum social de Charleroi. Mais il vaut la peine d'être entamé. Pour ceux qui viendront à Paris, cette participation est bien souvent le fruit d'un processus de plusieurs années. Or, nous vivons dans une société où tout doit aller très vite. Nous sommes donc à contre-courant, c'est vrai, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle.»

© La Libre Belgique 2003