Petit tour d'horizon dans la presse britannique...

Qu'adviendra-t-il du Royaume-Uni si l'Ecosse choisit de prendre son indépendance ? Cette question fait évidemment la Une de la presse britannique, tant à Londres qu'à Edimbourgh. L'ensemble des quotidiens semblent avoir perçu la solennité du moment. Le Daily Express Scottish met en avant le plaidoyer de Gordon Brown pour un Royaume vraiment uni. Né à Giffnock, au sud de Glasgow, l'ancien Premier ministre britannique est parti en tournée sur ses terres afin de rallier les indécis au camp du Non. "Ce que nous avons crée, ne laissez pas les nationalistes le détruire", a-t-il déclaré. Des propos qui font la Une de l'Express, qui affiche la couleur sur sa couverture: "On est mieux ensemble".

Le Daily Record opte pour une citation de Robert Burns, un poète du XVIIIe siècle, symbole de la culture écossaise. "Peu importe le résultat, deux choses sont certaines: le changement arrivera dans ce pays et demain, nous serons toujours tous Écossais, ensemble", écrit la rédac'' de cette publication basée à Glasgow. Le journal y va même de son double scénario en cas de victoire de l'un ou l'autre camp. "Un succès du Oui placera le reste du Royaume-Uni dans un grand désarroi constitutionnel. Une victoire du Non amènera à un changement massif dans le paysage politique", peut-on lire. "Un vote du Non, favori des sondages, ne signifierait pas l'immobilisme. Car la Grande-Bretagne, avec ou sans l'Ecosse, a déjà radicalement changé et le combat a débuté pour construire un nouvel avenir quand les pièces du puzzle seront assemblées".

Le quotidien va même plus loin affirmant que le pouvoir central de Londres s'affaisse dans les provinces et les autres entités britanniques comme le pays de Galles. Aussi, le Record fustige le successeur de M. Brown à Downing Street, le conservateur David Cameron. "Des appels bruyants se feront entendre pour qu'il quitte son poste, en tant que Premier qui a perdu un pays et il le ferait s'il avait un honneur". Ambiance...


© AP

Salmond veut-il vraiment une victoire de son propre camp ?

The Independent se met dans la tête d'Alex Salmond, le leader des pro-indépendance. Pour eux, ce dernier pourrait bien être soulagé par une victoire de ses adversaires. Celui qui met en avant l'argent que pourrait rapporter le pétrole présent en mer du Nord prend un gros risque, selon nos confrères. "Le budget du Oui pour les dépenses futures se base sur la capacité de lever un certain montant d'argent grâce au pétrole en mer du Nord. Mais il ne s'agit que de prédictions. C'est plus effrayant de voir que c'est la base du futur d'un état indépendant".

De plus, le vieillissement de la population ne garantit pas à l'Ecosse de pouvoir soutenir son propre système de santé. "Si c'est le Royaume-Uni qui donne de l'argent au gouvernement écossais, celui-ci peut le blâmer pour les coupes budgétaires. Quand le robinet se ferme, il ne peut plus", lit-on. Bref, le nord de la Grande-Bretagne devra assumer jusqu'au bout. D'autant plus qu'une union monétaire où le sud de l'île prend en charge l'ensemble de la dette du Royaume-Uni sans contrôler les dépenses ne passera certainement pas au sud. De même, l'incertitude économique crée par la naissance d'un nouvel état pourrait bien refroidir les entreprises à investir dans le pays du chardon.

Du côté du Guardian, on évoque "Le jour du destin", avec une Ecosse verdoyante en toile de fond. Le quotidien revient sur la façon dont l'Ecosse a réussi à prendre son destin en mains, quelque soit le résultat du vote. "C'est difficile pour un Ecossais de ne pas être fier de la façon dont ils ont mené la campagne, dont ils ont alimenté le débat avec passion. (...) Il y a eu des incidents: intimidation, des crachats, des bagarres à l'occasion. Mais dans l'ensemble, cela fut passionné et pacifique", écrit le journal, évoquant ces Ecossais qui refusent que la discussion soit gangrenée par la violence. "La campagne a changé l'Ecosse pour de bon ", conclut-on, tout en comparant le vote à l'indépendance américaine. Après les treize colonies d'outre-Atlantique, l'empire britannique va-t-il perdre un nouveau territoire ?

© AP

L'Ecosse seule au monde ?

Le Telegraph s'interroge également sur l'avenir européen de potentiel nouvel Etat en cas d'indépendance d'ici 2016. Le correspondant du quotidien à Bruxelles rappelle à quel point certains dirigeants sont perplexes quant à ce vote. L'Espagnol Mariano Rajoy craint un effet domino qui pourrait donner des idées aux Catalans et aux Basques. De nombreux diplomates issus d'Etats membre de l'UE estiment que ce référendum constitue un risque de voir la Crimée légitimée dans ses velléités de rapprochement avec la Russie. Sans parler des minorités des pays baltes qui pourraient elles aussi rallier le puissant voisin russe. "L'ordre de l'Europe est bâti sur l'idée d'états stables et de frontières fixes qui reposent un ordre juridique vieux de cinquante ans, ainsi que sur des structures comme l'OTAN", dit-il. "Si le Oui l'emporte, l'Ecosse ne se découvrira que peu d'alliés et amis en Europe", conclut-il.

Plus larmoyant, le Daily Mirror présente sur sa Une un homme brandissant un Union Jack dépouillé de son bleu écossais. "Ne nous quittez pas comme ça", implore le tabloïd. "Ne laissez pas le soleil se coucher sur nos 307 années en commun. Votez "non" et gardez la Bretagne réellement grande". Un appel du pied peu objectif dans le chef de journalistes, qui a au moins le mérite d'assumer sa position.

Autre tabloïd, mais même titre accrocheur, le Daily Mail se pose la question "qui tue": "Est-ce aujourd'hui que le Royaume-Uni va mourir ?". Du côté du Sun, on s'enflamme surtout sur le retour de flamme du Prince Harry pour la jolie Cressida, tandis que le Daily Star s'inquiète de l'arrivée de "moustiques tueurs et mutants", alors que leur pays est au bord du split. Ca doit être ça le flegme anglais...

© AFP

Aurélie Herman