Deux frères originaires du Brabant wallon et leur père ont secouru un couple originaire des Açores, dont le bateau avait coulé à quelques kilomètres de l'île de Terceira.

Vendredi 4 juillet, 2h15 du matin. Diego (21 ans), Matthieu (19 ans) et Christophe, le père âgé d’une quarantaine d’années, préparent le matériel en vue d’amarrer Pagaïa, le voilier qu’ils manœuvrent aux quatre coins de l’Atlantique depuis un an.

Le père avait retrouvé ses fils quelques jours plus tôt aux Açores, un an après que Diego et Matthieu lui ont annoncé leur départ à l’aventure, qui leur fera réaliser leur rêve d’enfant. Trente-six-heures plus tôt, ils avaient quitté l’île de San Miguel pour rejoindre Terceira. La durée du trajet avait été rallongée à cause du vent. "Les conditions n’étaient pas bonnes", concède Diego, jeune skippeur belge de 21 ans interrogé par LaLibre.be.

A quelques kilomètres du port de Angra do heroismo sur l’île de Terceira, des cris surgissent dans l’obscurité et surprennent la petite famille originaire de Bonlez, près de Wavre, en Brabant wallon. "Nous étions encore loin de la rive. Du coup, nous ne comprenions pas tout de suite de quoi il s’agissait. C’est alors qu’on a entendu distinctement ’Help, help, help’ ", raconte Christophe.

Il flottait depuis quatre heures dans l’Atlantique

Équipés de torches, ils parviennent à distinguer "une tête hors de l’eau". "C’était un homme d’une trentaine d’années", décrit Diego, le skippeur. De loin, ils comprennent que ce dernier se tient sur ce qui ressemble à "une bouée". En réalité, c’est un réservoir de bateau pneumatique. L’homme flotte, frigorifié et éreinté, depuis quatre heures dans l’eau.

"Nous l’avons récupéré et nous lui avons donné des vêtements secs. Une fois à bord, il nous a expliqué que sa petite-amie était toujours dans l’eau. Nous nous sommes donc mis à crier", explique le trio. Mais leurs appels ne trouvèrent aucun écho. "A ce moment-là, nous avons pris peur. Nous craignions qu’elle se soit noyée et c’était risqué de la rechercher avec notre imposant voilier, qui pouvait l’écraser à tout moment. Du coup, nous avons utilisé l’annexe du bateau, un petit engin pneumatique qui nous a finalement permis de l’apercevoir", confie Diego. La jeune femme, à bout de force, flottait sur le dos, son sac à dos toujours vissé sur les épaules : "Elle était à bout et n’avait plus la force de crier, ni de marcher", décrivent le père et son fils.

© DR

"Ils l’ont échappé belle"

La jeune femme tirée hors de l’eau, hissée sur l’annexe, puis sur le bateau principal finit par retrouver son compagnon. Ils racontèrent aux deux frères et à leur père qu’ils étaient partis faire un tour dans l’océan à bord d’un petit bateau pneumatique vers 21 heures la veille. Soudainement, le canot a coulé, avant que les jeunes gens n'aient eu le temps de mettre leurs gilets de sauvetage. Par chance, ils rencontrèrent la route des navigateurs belges.

"Ils l’ont vraiment échappé belle. Nous pensions qu’ils souffriraient d’hypothermie après avoir passé autant de temps dans l’eau, mais après avoir appelé les secours une fois arrivés au port, les médecins ont affirmé que le couple était en bonne santé", explique Christophe.

Sains et saufs, mais choqués, le deux locaux ont abondamment remercié Diego, Matthieu et leur père de les avoir ramenés sur la terre ferme, avant de retrouver le chemin de leur domicile à pied sur l’île de Terceira.

Ce n’était pas leur premier sauvetage

Des héros, nos trois belges ? "Nous sommes très fiers de nous mais n’importe qui aurait fait le maximum pour aider ces gens. Je n’ai pas sauté dans l’eau ni risqué quoi que ce soit de ma personne", répond modestement Diego. Humble jusqu’au bout, il nous raconte avoir déjà tiré hors d’affaire d’autres personnes, aux côtés de son frère, lors de leur voyage à bord de Pagaïa. "En allant vers Dakar, nous avons également été amenés à secourir des pêcheurs dont la barque avait chaviré à une quarantaine de kilomètres de la côte", ajoute le jeune passionné de voile.

Mais comment en sont-ils venus à traverser l’Atlantique ? Avant d’initier leur voyage, les jeunes frères ont mis un maximum de chances de leur côté afin de concrétiser cette odyssée. Matthieu venait de finir ses secondaires, tandis que Diego venait de passer le jury central.

© L'odyssée de Pagaïa

La voile, ils connaissent depuis leur adolescence, lorsqu’ils s’y essayaient sur le lac de Genval. À l'âge de 18 et 20 ans, Matthieu et Diego cherchent désespérément un bateau. "J’ai travaillé pendant un an en intérim, de quoi mettre de côté quelques 10.000 euros afin de financer le voyage que nous voulions réaliser", raconte Diego.

Signe du destin ? Ils apprennent par le biais de leur oncle, qui est navigateur, qu’un bateau nommé Pagaïa restera inactif pendant un an. "Le propriétaire ne savait pas trop quoi en faire et nous avons donc sauté sur l’occasion. Après l’avoir retapé, nous avons appelé nos parents pour dire que nous partions dans les deux mois pour un an à l’aventure. Nous n’avions jamais navigué sur un aussi gros bateau ! On est parti de la Galice, en Espagne, puis nous avons rejoint les Canaries, le Cap-Vert, Dakar, la Guadeloupe, les Grenadines, Terre-Neuve… Finalement, nous avons quitté Terre-Neuve pour les Açores, où notre père nous a retrouvés."

Et c’est comme ça qu’ils pimentèrent encore davantage leur récit d’aventure avec cet acte d’héroïsme.