Cette fois le gouvernement Merkel est décidé à prendre le taureau par les cornes et veut forcer les pays maghrébins à reprendre rapidement les “Gefährder” (les personnes dangereuses), des djihadistes potentiels, auxquels il a refusé le droit d’asile et qu’il veut expulser. “Nous devons dire clairement aux pays nord-africains : ceux qui ne coopèrent pas suffisamment ne peuvent espérer bénéficier de notre aide au développement”, a déclaré au “Spiegel” le vice-chancelier et chef social-démocrate Sigmar Gabriel. “Ceux qui n’ont pas obtenu le droit d’asile doivent quitter notre pays”, a renchéri la chancelière Angela Merkel. Elle a toutefois demandé de traiter avec “respect” les pays d’origine et de trouver des solutions tenant compte de l’intérêt des deux Etats.

Pour faciliter l’extradition de djihadistes potentiels, les ministres compétents, Thomas de Maizière (Intérieur) et Heiko Maas (justice), se sont entendus sur plusieurs mesures : les individus concernés pourront être mis en rétention, s’ils constituent une menace pour la sécurité publique; la durée de cette détention, actuellement de trois mois, pourra atteindre 18 mois et, enfin, les djihadistes pourront être contraints à porter un bracelet électronique.

Crainte de nouveaux attentats

Actuellement, 62 djihadistes potentiels attendent leur extradition. La motivation des dirigeants allemands s’explique évidemment par l’attentat de Berlin du 19 décembre commis par un Tunisien Anis Amri. Incarcéré en été, ce dernier avait été relâché, parce que la Tunisie refusait de transmettre ses papiers d’identité aux autorités allemandes. Le passeport est finalement arrivé deux jours après l’attentat. A l’approche des élections fédérales de septembre, tous les partis redoutent que des djihadistes potentiels ne passent de nouveau à l’acte. La police et les renseignements intérieurs savaient qu’Anis Amri était à la recherche d’une arme et voulait commettre un attentat. Mais ils l’avaient sous-estimé et pensaient que c’était de la fanfaronnade de la part d’un jeune de 24 ans. En réalité, ces services manquaient de preuves pour le mettre sous verrou. Il figurait parmi les 550 djihadistes potentiels, dont une majorité d‘Allemands convertis à l’Islam ou d’origine turque, qui après avoir combattu pour Daech, sont rentrés en Allemagne.

Communauté marocaine sous surveillance

La communauté marocaine est mal vue pour une autre raison. À la Saint Sylvestre 2015 plus de mille jeunes Arabes, en majorité des Marocains, avaient molesté et détroussé des centaines de jeunes femmes à Cologne. Il y a dix jours, ils ont voulu récidiver mais ils en ont été empêchés par la mobilisation de 1700 policiers qui ont bloqué la place de la gare et encerclé ces jeunes au comportement particulièrement agressif. Ceux qui provenaient de Düsseldorf, “fief” marocain, ont immédiatement été remis dans un train rentrant dans cette ville.