Correspondante à Strasbourg

Vingt-troisième rapporteur sur "L’état des droits de l’homme dans le monde" pour le Parlement européen, le socialiste britannique Richard Howitt était un homme heureux mercredi midi. Non que l’état démocratique de la planète l’ait rendu euphorique, l’homme est réaliste et mesure qu’en ces temps de crise économique la vigilance est plus que jamais de rigueur. Mais bien parce qu’il avait la certitude que son texte allait "faire avancer concrètement les choses" sans être versé au tonneau des Danaïdes des "documents bureaucratiques de plus".

Principal acquis : la création du poste de Représentant spécial de l’Union sur les droits de l’homme, en réponse à une demande de longue date du Parlement européen. Cette fois, c’est promis, Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la sécurité, a certifié qu’une "personne adéquate" serait recrutée pour remplir un mandat "en cours de définition". "Il s’agira de l’équivalent européen du sous-secrétaire d’Etat américain aux droits de l’homme", a précisé Richard Howitt, "son rôle sera de parler d’une voix plus forte sur la scène mondiale au nom de l’Union". Car comme il l’a souligné, l’Europe n’a jusqu’à présent nommé de "représentants spéciaux" que lors de crises dans des pays spécifiques.

Autre acquis du rapport Howitt, voté à l’écrasante majorité de 580 voix contre 28 et 74 abstentions, la prise en compte d’une nouvelle réalité politique. Le Printemps arabe a dévoilé le potentiel d’Internet et des réseaux sociaux pour l’exercice du droit à la liberté d’opinion et d’expression, souligne un texte, qui demande davantage de soutien pour les journalistes indépendants et les bloggeurs.

Comment ? Notamment en assurant un meilleur suivi de l’utilisation d’Internet et des nouvelles technologies dans les régimes autocratiques qui cherchent à en restreindre leur utilisation mais aussi par le biais de nouvelles réglementations destinées à surveiller l’exportation de technologies susceptibles de bloquer l’accès de sites Web.

Sur ce point, le Parlement attend des propositions concrètes de la Commission européenne d’ici 2013. "Les fournisseurs d’accès doivent apprendre à tenir compte de la problématique des droits de l’homme", insiste par ailleurs un Richard Howitt manifestement très énervé par le cas de Vodaphone qui collabora avec le régime de Moubarak en Egypte avant sa chute. Pour lui, "une course est lancée entre ceux qui exploitent les nouveaux médias à des fins de libération et ceux qui cherchent à les utiliser pour la répression". Dans ce cadre, l’Union européenne doit clairement choisir son camp.

Autre axe pour lequel le rapport Howitt demande du concret : les politiques de voisinage. "Treize pays d’Europe centrale et orientale ainsi que d’Afrique du Nord en bénéficient sans avoir ratifié la Convention européenne des droits de l’homme", a souligné son rédacteur en signifiant "qu’on ne pouvait le tolérer". Il réclame des "indicateurs droits de l’homme", "pays par pays", avec en regard une "échelle de réponses et de réactions progressives". "Cela permettra d’éviter des situations telles que celles que nous avons vécues avec la Libye où l’Union européenne a négocié de nouveaux accords commerciaux quatre semaines avant de décider d’intervenir militairement afin d’abattre le régime."

Prônée également par le texte, une collaboration toujours plus efficace des Etats membres avec la Cour Pénale Internationale (CPI). "Chypre, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, le Luxembourg et le Portugal doivent enfin signer les accords-cadres avec cette juridiction pour faciliter son travail", a souligné Richard Howitt, rompant avec l’habitude feutrée de ne jamais citer nommément les Etats mis en cause dans un rapport de ce type. Pour lui "un chat est un chat et un Etat est un Etat".