Il en a fini avec les juges. Pour l’instant. Mais il les reverra vraisemblablement très vite. Mercredi en fin d’après-midi, Dominique Strauss-Kahn a quitté, libre, les locaux de la caserne de gendarmerie de Lille (Nord) où, depuis mardi matin, il était retenu en garde à vue. L’ex-n°1 du FMI n’a pas été déféré ni mis en examen. Mais il s’est vu annoncer qu’il recevrait prochainement une nouvelle convocation à comparaître devant les magistrats instructeurs enquêtant sur l’affaire de mœurs présumée dans laquelle son nom est cité.

Pendant 48 heures, Dominique Strauss-Kahn a dû se défendre des accusations de complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée (passible de vingt ans de prison et trois millions d’euros d’amende) et de recel d’abus de biens sociaux (cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende). Il a reconnu sa participation à onze “parties fines” organisées à et en marge de l’hôtel “Carlton” de Lille. Mais il a démenti avoir jamais eu connaissance de la qualité de prostituées de certaines participantes à ces rencontres – assurant que, dans son esprit, il ne s’était agi que de “soirées libertines”, n’ayant pas donné lieu à rémunérations. Dominique Strauss-Kahn a également soutenu n’avoir jamais rien su du fait que ces soirées avaient donné lieu à des notes de frais professionnels, remises à leur entreprise respective par deux des inculpés dans ce dossier.

Mercredi, le fait que l’intéressé soit ressorti libre de sa garde à vue n’a pas dissuadé l’UMP à attaquer le Parti socialiste, sur son sujet. Depuis mardi, la droite sarkozyste donne même l’impression de vouloir politiser ce scandale. A moins de soixante jours du premier tour de la présidentielle. Et alors que l’“affaire Strauss-Kahn”, aussi rocambolesque soit elle, n’a jamais eu d’impact politique autre que celui de barrer la route de l’Elysée à celui qui, à l’époque, faisait figure de favori pour la présidentielle.

En effet, ni en termes d’image, ni en termes de rapports de forces politiques, le premier parti d’opposition n’a souffert, dans les sondages, de ce scandale. Visiblement, l’électeur a décidé de faire la différence entre les agissements d’un homme et le parti qui était le sien. La même atonie sondagière a été de mise quand l’affaire éclata (à New York, à la mi-mai 2011) puis quand elle rebondit : à Paris d’abord (l’accusation de tentative de viol de la jeune Tristane Banon), à Lille ensuite (l’affaire dite du “Carlton”).

Pendant tous ces mois où l’ex-présidentiable socialiste défraya la chronique judiciaire, François Hollande prit, comme naturellement, sa place dans les sondages. Puis, il remporta haut la main l’investiture de son parti pour l’Elysée. Et aujourd’hui, il fait figure de favori par rapport à Nicolas Sarkozy, comme l’était jadis Dominique Strauss-Kahn.

L’UMP n’apprécierait-elle pas cette distance prise par l’électorat ? Nathalie Kosciusko-Morizet, en tout cas, la propre porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy, a donné la charge. “Il y aura peut-être, au terme de la garde à vue, des informations intéressantes sur les pratiques des fédérations socialistes du Nord et du Pas-de-Calais”, a-t-elle commenté. Avant de viser François Hollande : “S’il est là où il est, c’est parce que DSK est là où il est”.

“M. Hollande, qui a été onze ans premier secrétaire du PS, était forcément au courant” des “affaires de fric et de sexe” de l’ex-patron du FMI : il a été le premier à couvrir ces turpitudes”, a renchéri, plus frontalement encore, le député UMP (et Lillois) Sébastien Huyghe. “Ils ont tous soutenu” DSK, a dénoncé sa collègue Valérie Rosso-Debord : une députée proche du Premier ministre François Fillon.

Mercredi, le PS a répliqué en qualifiant ces attaques sarkozystes de “dignes de l’extrême droite”.

© La Libre Belgique 2012