Après trente-deux heures de garde à vue, Dominique Strauss-Kahn est libre, mais pas libéré. Le printemps s’annonce, en effet, plutôt glauque pour lui avec une convocation, le 28 mars, devant des juges qui devraient, estimait jeudi la presse française, l’inculper de "complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée" et de "recel d’abus de biens sociaux", délits pour lesquels les peines encourues sont de vingt et cinq ans d’emprisonnement.

L’ancien directeur général du FMI ne serait donc pas parvenu à persuader les enquêteurs de sa sincérité quand il assure avoir ignoré que les jeunes filles accortes dont on lui proposait la compagnie étaient des escort girls, des filles de joie, des carmencitas de barrière. C’est pourtant tout à fait plausible. Comme le faisait dire à l’avocat de DSK le savoureux caricaturiste du "Standaard", Lectrr, M. Strauss-Kahn, "ne savait pas qu’il s’agissait de prostituées. Il pensait que c’étaient des femmes de chambre."

La plus célèbre d’entre elles, Nafissatou Diallo, n’a justement pas oublié le locataire de la suite 2 806 du Sofitel de New York. Après avoir fait chou blanc dans la procédure pénale, elle a porté plainte au civil et le premier rendez-vous est fixé au 15 mars dans un tribunal du Bronx. Nul doute que les échos du Carlton de Lille résonneront jusque-là. L’ex-futur président de la République française peut présumer que l’affaire ne sera pas jugée avant plusieurs années, probablement, mais doit-il s’en réjouir en pensant qu’il lui faudra vivre aussi longtemps avec l’incertitude du dénouement ?

Dans l’immédiat, les déboires judiciaires de l’ancien super-présidentiable du PS éclaboussent la nomenklatura socialiste qui "ne pouvait pas ne pas savoir". La droite et l’extrême droite tirent à boulets rouges (forcément) sur François Hollande, campagne électorale oblige, mais quid de Martine Aubry ? Celle qui règne sur Lille depuis plus de dix ans n’a-t-elle jamais entendu parler du Carlton et de ses illustres visiteurs ? A-t-elle perdu la mémoire ou seulement la langue ?

Cela dit, tout le monde peut se tromper. Le Centre européen de recherches nucléaires (Cern) à Genève ne sait plus quoi penser d’une expérience menée en septembre dernier sur les neutrinos. Elle avait montré que ces particules élémentaires pouvaient se déplacer plus vite que la lumière, ce qui contredisait les théories du grand Einstein. Le Cern n’en est plus si sûr aujourd’hui, et suspecte un raccordement défectueux entre un récepteur GPS et un ordinateur d’être à l’origine d’un calcul erroné. On ne sait décidément plus à qui se fier.