On imaginait Dominique Strauss-Kahn tournant comme un lion en cage dans son appartement parisien, ou peut-être résigné, dans son peignoir et ses charentaises, à savourer le recueil que Plantu vient de lui consacrer. Eh bien, non. Le voilà qui surgit lundi à Pékin, invité vedette et surprise d’un forum économique organisé par NetEase, un des géants de l’Internet chinois.

On ignore combien l’ancien directeur général du FMI a perçu (ou combien il a payé) pour cette prestation de 45 minutes en anglais. On ignore tout autant s’il a encore bénéficié d’un généreux "upgrade" sur Air France et s’il a choisi le Sofitel Wanda Beijing (avec son magnifique restaurant Le Pré Lenôtre) comme point de chute - car, pour DSK, tout est désormais dans l’art de la chute.

Ce qu’on devine, en revanche, c’est que la puissance invitante et l’hôte d’honneur avaient un intérêt commun. Pour la première, s’offrir une tête d’affiche susceptible d’attirer du monde (au moins pour le frisson polisson). Pour le second, se refaire une virginité - si l’on ose dire - en rendossant son costume d’expert de l’économie planétaire, et cela dans le meilleur des mondes possible : la Chine est non seulement un acteur clé de la mondialisation, mais surtout une amène dictature où l’on ne pose pas de questions embarrassantes et où l’on y répond encore moins. L’Agence France-Presse confirme que l’intéressé n’a rien voulu dire aux journalistes sur son agenda judiciaire ni même sur son état d’esprit.

Celui qui était, avant de voir ses ambitions douchées par une femme de chambre à New York, le futur président de la République française, s’est, par contre, montré très disert sur la crise de la dette en Europe. Avec un sens des responsabilités aussi aigu que son patriotisme, il a raillé l’impuissance des dirigeants européens, celle de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en particulier, pour conclure que la zone euro était, à ses yeux, "un radeau sur le point de sombrer". Un avis à prendre très au sérieux car, en matière de naufrage, DSK en connaît désormais un sacré bout.

L’ancien ministre français des Finances n’a pas tari d’éloges sur la gestion économique de la Chine. Une prévenance qui a plu aux autorités de Pékin, à tel point que celles-ci songeraient à confier à un DSK désormais très disponible des missions de confiance. L’une d’elles consisterait à mettre au point un programme pour stimuler la libido des pandas. On sait que le sympathique plantigrade, menacé d’extinction, répugne tragiquement à s’accoupler et donc à se reproduire.