La sagesse populaire assure que la vérité n’est pas toujours bonne à dire. L’adage vaut sans doute pour le dernier lot de révélations de WikiLeaks, les quelque trois millions de dépêches diplomatiques qu’un fonctionnaire du département d’Etat américain, décrit par "The New York Times" comme un "cadre subalterne déçu", a cru devoir mettre sur la place publique.

On peut, certes, brandir, comme WikiLeaks et les journaux qui ont obtenu la primeur de ses révélations, l’étendard de la "transparence", de la liberté de la presse, du droit des Américains (entre autres) de "savoir ce qu’on fait en leur nom". Et on peut se réjouir de voir la duplicité, l’hypocrisie, le mensonge, qui sont si souvent les rouages de la diplomatie, crûment révélés dans des portraits brossés au vitriol et dans des conversations rapportées sans fard.

Mais ce grand déballage est-il moral et est-il ne fût-ce qu’utile ? Sans aller jusqu’à penser que ces documents d’un faible niveau de confidentialité (aucun n’est classé "top secret") puissent mettre en danger des personnes ou des politiques, il est certain que la diplomatie ne sortira pas indemne de l’aventure. Les personnalités raillées ou critiquées ont beau être conscientes de leurs défauts et de leurs limites (du moins l’espère-t-on), elles auront mesuré toute la pertinence de cette vieille réflexion de Mme Ngo Dinh Nhu, l’ex-première dame du Sud-Vietnam : "Ceux qui ont les Etats-Unis pour alliés n’ont pas besoin d’ennemis".