Quelque 630 000 Gabonais, sur une population d’à peine 1,8 million d’habitants, sont appelés ce samedi à élire pour sept ans leur nouveau Président. On craint des violences, en raison de la tension entretenue par les principaux candidats.

Si le président sortant, Ali Bongo, 57 ans, a été longtemps considéré comme le probable vainqueur en raison de la multiplication de ses adversaires (treize) pour ce scrutin à un seul tour, la donne a changé ces deux dernières semaines avec le ralliement in extremis de trois candidats à un quatrième, Jean Ping, 73 ans.

Les Atrides

Ce dernier, qui fut président de la Commission africaine (2008-2012), s’oppose au fils de son ex-mentor, feu le président Omar Bongo, qui régna 41 ans sur l’émirat pétrolier. A vrai dire, l’élection de samedi a tout d’une dispute familiale puisque Jean Ping est aussi l’ex-beau-frère d’Ali Bongo : il a eu deux enfants de la demi-sœur de son rival, Pascaline Bongo.

La plupart des candidats à la présidentielle gabonaise ont été ministres d’Omar Bongo, dont plusieurs se réclament. Ayant du mal à se différencier les uns des autres, sauf à jouer sur leur ethnie d’origine, les insultes volent bas depuis plusieurs mois.

Les treize opposants à Ali Bongo ont ainsi pour principal argument que ce dernier ne serait pas le fils de son père - bien que ce dernier l’ait employé comme ministre durant des années - mais un petit Biafrais (sud-est du Nigeria) adopté et donc pas Gabonais de naissance.

Le camp Ali Bongo se fait, de son côté, un plaisir de parler de Jean Ping, métis sino-gabonais, comme du "Chinetoque". Et ce dernier a suscité un tollé, au printemps dernier, en annonçant dans un discours public "la guerre" contre ses adversaires, "une véritable expédition pour nous débarrasser des cafards"; selon le camp Ping, l’expression désignerait les partisans d’Ali Bongo et non "un quelconque peuple ou ethnie du Gabon" et le tollé suscité par cette phrase ne viserait qu’à nuire au candidat qui l’a prononcée…

Après avoir servi Omar Bongo durant 18 ans, Jean Ping n’est dans l’opposition que depuis 2014 (d’autres candidats le sont seulement depuis trois mois…), soit cinq ans après la victoire électorale contestée d’Ali Bongo au décès de son père, en 2009.

Le président sortant a suscité de nombreuses jalousies dans le landerneau gabonais en remportant la succession de son père, convoitée par de nombreux barons du régime, et en modernisant l’exercice du pouvoir présidentiel. Ali Bongo a ainsi beau jeu de prétendre que "le changement, c’est moi", non ses adversaires (parmi lesquels figure un de ses cousins germains), "hommes du passé et du passif".

Pas d’espace pour l’opposition

Quoi qu’il en dise, il doit cependant les craindre puisque ces derniers ont rencontré d’importantes difficultés à obtenir des espaces d’affichage, des lieux de meeting et un accès aux médias publics durant la campagne, alors qu’un torrent de propagande Ali Bongo déferlait sur le pays - financée par l’Etat selon ses détracteurs.

Reste que ces diatribes ad hominem ont peu fait pour calmer les angoisses d’une population confrontée à la chute des prix du pétrole, principale ressource du pays. Si ce dernier a un revenu national brut par habitant élevé pour l’Afrique subsaharienne (9 720 dollars en 2014), il est très inégalement réparti puisque 30 % de la population vit dans la pauvreté.