Après son ralliement à Marine Le Pen vendredi, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan doit faire face à une pluie de défections au sein de son petit parti.

Le Front National attendait ce geste depuis des années, Nicolas Dupont-Aignan l’a fait. Le président de Debout la France (DLF) a annoncé, vendredi dernier, au journal de 20 heures de France 2, qu’il voterait pour Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, le 7 mai. La présentation d’un accord de gouvernement entre la candidate d’extrême droite et l’élu se présentant avant tout comme un gaulliste social est un sérieux coup de canif dans le front républicain censé faire barrage à une victoire du Front National (FN).

"C’est un coup extrêmement intéressant pour Marine Le Pen. D’un point de vue arithmétique, Marine Le Pen a obtenu huit millions de voix au premier tour et pourrait en gagner deux en plus, avec les électeurs de Dupont-Aignan. Deuxièmement, l’accord contribue à casser le cordon mis en place autour du FN. D’un point de vue psychologique, Marine Le Pen continue aussi à donner l’impression d’avoir chaque jour un coup d’avance sur Emmanuel Macron. Ici, elle donne le nom de son Premier ministre quand son concurrent ne le fait pas. Et enfin, l’accord lui permet de supprimer certains des points de son programme qui pourraient le plus rebuter comme l’interdiction d’école publique pour les étrangers", explique l’historien François Durpaire, qui a imaginé dès 2015 la victoire de Le Pen dans la bande dessinée La Présidente.

À mi-chemin entre le système du PS et de l’UMP et l’extrême du FN, c’est ainsi que définissait le député de l’Essonne, en Région Île-de-France, son parti Debout la France. Un parti souverainiste, c’est-à-dire militant pour l’autonomie politique des nations et contre tout fédéralisme européen, et qui arborait les idées du gaullisme social, un courant incarné par Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de Georges Pompidou et ancien président du RPR Philippe Séguin.

Reste que l’extrême droite française s’est construite en partie autour… du rejet de l’image du Général de Gaulle. "De Gaulle et l’extrême droite, c’est quand même deux histoires fort différentes… Mais ce ralliement ne me surprend pas. Voilà plusieurs années que les idées de Nicolas Dupont-Aignan se rapprochent de celles du FN. Il est aussi fort probable qu’un accord plus ou moins tacite ait été conclu dans le sens d’un soutien aux finances de Debout la France , qui n’a pas obtenu 5 % au premier tour et n’a pas droit au remboursement des frais de campagne", analyse François Durpaire.

Depuis son ralliement à Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan doit en tout cas faire face à une pluie de défections au sein de son parti. De son côté, Yves de Gaulle, petit-fils du célèbre général, l’a vertement taclé lundi, sans jamais le nommer, dénonçant "ceux qui cachent leurs petites médiocrités sous l’étendard du gaullisme".