Devant la gravité de l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui vient de franchir le cap des 1.000 morts, la communauté médicale internationale a approuvé mardi l'emploi de traitements non homologués.

Un comité d'experts réuni par l'OMS a approuvé l'emploi de ces traitements en premier lieu dans les pays d'Afrique de l'Ouest touchés au moment où un premier Européen, un missionnaire espagnol rapatrié du Liberia, décédait du virus.

"Devant les circonstances de l'épidémie et sous réserve que certaines conditions soient remplies, le comité a abouti au consensus estimant qu'il est éthique d'offrir des traitements non homologués dont l'efficacité n'est pas encore connue ainsi que les effets secondaires, comme traitement potentiel ou à titre préventif", explique l'Organisation mondiale de la santé.

Cette perspective d'espoir survient au moment où Ebola a fait une nouvelle victime parmi ceux qui se dévouent pour soigner les personnes contaminées.

Le prêtre catholique Miguel Pajares, âgé de 75 ans et rapatrié jeudi à Madrid en provenance du Liberia y est décédé mardi, a annoncé une porte-parole de l'hôpital où il était soigné.

Il a succombé à la fièvre hémorragique malgré l'administration d'un traitement expérimental, le sérum ZMAPP, mis au point aux Etats Unis.

Le missionnaire, premier malade atteint du virus hémorragique à être rapatrié en Europe, travaillait dans l'hôpital Saint-Joseph de Monrovia.

Il s'agit du quatrième membre du personnel de cet hôpital, fermé le 1er août par les autorités libériennes, qui décède en 10 jours après avoir contracté le virus.

Le comité de l'OMS a notamment défini comme conditions d'emploi de ces traitements "une transparence absolue quant aux soins, un consentement informé, la liberté de choix".

Toutefois, admet l'OMS qui n'a qu'un pouvoir de conseil, il n'y a pas de stocks disponibles de ces traitements car la fièvre Ebola est "typiquement une maladie de pauvres dans des pays pauvres dans lesquels il n'y a pas de marché" pour les firmes pharmaceutiques, a expliqué à la presse Mme Marie Paule Kienny, assistante du Directeur général.

"Sans les investissements des gouvernements", ces traitements sur lesquels travaillent des chercheurs n'existeraient pas mais il faudrait maintenant investir davantage car les étapes finales relèvent de l'industrie pharmaceutique, a-t-elle souligné.

L'épidémie d'Ebola a franchi la barre des 1.000 morts, avec 1.013 décès et 1.848 cas dénombrés (confirmés, suspects et probables) en Guinée, Sierra Leone, au Liberia et dans une moindre mesure au Nigeria, selon le dernier bilan de l'OMS lundi soir

Il n'existe pour l'instant aucun traitement ou vaccin spécifique contre la fièvre hémorragique due au virus Ebola, qui se transmet par contact direct avec le sang et des liquides biologiques de personnes ou d'animaux infectés.

Avant même l'annonce de l'approbation de l'OMS, les Etats-Unis avaient promis l'envoi au Liberia, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie, d'un sérum expérimental, disponible en très faibles quantités, pour traiter les médecins libériens actuellement infectés.

Ce sérum, dit "ZMapp", a été utilisé avec des premiers résultats positifs sur deux soignants de nationalité américaine rapatriés aux Etats-Unis.

La missionnaire Nancy Writebol va bien, a indiqué mardi son fils. "Elle va bien. Nous voyons son état physique s'améliorer, ses yeux s'illuminent, elle sourit et plaisante même un petit peu", a déclaré Jeremy Writebol interrogé sur la chaîne américaine NBC précisant que les médecins traitants pensent qu'elle devrait se remettre complètement.

L'état de l'autre patient traité au ZMAPP, le Dr Brantly, 33 ans s'est apparemment amélioré plus rapidement que celui de Mme Writebol, qui a 60 ans.

Le Liberia avait demandé du ZMAPP et sa présidente, Ellen Johnson Sirleaf, en a annoncé lundi l'envoi dans le courant de la semaine.

52 nouveaux décès ont été enregistrés entre le 7 et le 9 août et 69 nouveaux cas recensés, selon l'OMS.

Les personnels de santé restent en première ligne: sept médecins et un infirmier chinois qui avaient soigné des patients d'Ebola ont été "placés en quarantaine" ces deux dernières semaines en Sierra Leone, a annoncé l'ambassadeur de Chine à Freetown, Zhao Yanbo.

De son côté, le Liberia s'est vu contraint de muscler son dispositif.

La présidente Ellen Johnson Sirleaf a annoncé la mise en quarantaine de la province de Lofa (nord, frontalière de la Guinée et de la Sierra Leone), la troisième région concernée par cette mesure exceptionnelle.

Le Japon a décidé d'évacuer ses 24 coopérants qui travaillent actuellement en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone.

Au Sénégal, pays voisin de la Guinée, le directeur de publication du quotidien privé "La Tribune", Félix Nzalé, a été placé en garde à vue lundi pour "fausse information" faisant état de la présence au Sénégal du virus Ebola, une information démentie par les autorités.

Au Rwanda, des tests ont permis de déterminer qu'un étudiant allemand qui venait du Liberia n'était pas contaminé par l'Ebola.