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International

Echauffourées sans effusion de sang

Marcel Linden

Publié le - Mis à jour le

L’arrivée du train "Castor" (1), hier soir à proximité de Gorleben, lieu de stockage intermédiaire des déchets nucléaires, a fait monter la fièvre des manifestants. Les actions, qui avaient commencé samedi et s’étaient poursuivies dimanche matin, allaient crescendo à la tombée de la nuit. Des milliers de policiers et de militants voulant occuper des voies ferrées se sont livrés des rixes. Mais, dans la tradition des protestations antinucléaires pacifiques allemandes, il n’y a pas eu de blessés graves.

Cependant, par rapport au précédent transport de novembre 2008, où la présence des sociaux-démocrates dans le gouvernement de grande coalition avait encore assuré la sortie du nucléaire d’ici à 2020 et détendu l’atmosphère, cette fois, les affrontements ont retrouvé l’esprit militant des années 90. Hier, un adversaire du "Castor" s’est plaint de "la grande brutalité policière".

Un porte-parole des forces de l’ordre a relevé, de son côté, "qu’en 2008, il y avait eu moins d’infractions". En fait, c’est chaque fois le même jeu : les activistes cherchent un tronçon de voie ferrée non surveillé, ils s’assoient sur les rails ou essaient de s’y accrocher à l’aide de manettes. Les policiers les délogent, armés de tenailles. Ils interdisent aux manifestants de s’approcher de 50 mètres de la voie ferrée. Les chasses dans les bois qui longent la voie ont, par moments, un côté folklorique.

Cette année, l’innovation des activistes a consisté à vouloir déstabiliser la voie ferrée en enlevant le ballast soutenant les rails.

La sévère chancelière Angela Merkel, ennemi numéro un des antinucléaires depuis qu’elle a fait adopter la loi prolongeant de 12 ans la durée de fonctionnement des 17 centrales atomiques allemandes, a admonesté les activistes. "Ce qui semble si inoffensif, l’enlèvement du ballast, n’est pas une manifestation pacifique, c’est un délit", a-t-elle lancé.

Parmi les partis d’opposition exploitant l’événement, les dirigeants verts et ex-communistes de Die Linke ont été présents à Gorleben. Claudia Roth, présidente des Verts, a participé à un sit-in. Le jeune ministre CDU de l’écologie, Norbert Röttgen, a reproché aux Verts d’avoir fait volte-face : à l’époque où ils faisaient partie du gouvernement Schröder, le ministre vert de l’Ecologie Jürgen Trittin avait critiqué les manifestants et défendu le bien-fondé des transports des déchets nucléaires. Le grand public a certaines sympathies pour les antinucléaires, mais il se fâche aussi que le recours à plus de 16 000 policiers coûte chaque fois la somme de 25 millions d’euros.

Gorleben est un symbole du mouvement écologique et protestataire allemand. Les premières manifestations remontent à 1977, année du début d’exploration du dôme de sel pour le stockage définitif des déchets hautement radioactifs. Samedi, ont manifesté entre 20 000 (indications de la police) et 40 000 personnes (chiffres des militants) à Dannenberg, lieu d’aboutissement de la ligne ferroviaire, d’où les conteneurs "Castor" devaient être transportés par poids lourds à Gorleben dans la nuit de dimanche à lundi. Parmi les manifestants de tout âge, figuraient environ 50 vétérans octogénaires, la plupart des agriculteurs de la région peu peuplée, sagement assis sur une tribune.

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