Le gouvernement socialiste français se retrouve piégé par un contrat faramineux passé par son prédécesseur de droite avec une société privée chargée de la collecte d'une nouvelle taxe sur les poids-lourds qui, en dépit de sa suspension, continue à alimenter la colère sociale.

Une quinzaine de bornes ou portiques de collecte de cette "ecotaxe" installés sur les routes par la société Ecomouv' ont été détruits depuis le lancement de la contestation début octobre, selon un bilan du ministère des Transports. La plupart de ces sabotages l'ont été en Bretagne, région enclavée de l'ouest de la France d'où est partie la fronde, mais deux l'ont été dans le nord et le sud-ouest.

Cette taxe prélevée sur certaines routes vise à faire supporter aux entreprises les coûts réels du transport routier de marchandises pour les inciter à choisir un moyen de transport plus écologique.

Sous la pression sociale, le gouvernement de gauche de Jean-Marc Ayrault a annoncé le 29 octobre la suspension de la mise en oeuvre de l'"ecotaxe" qui, après plusieurs reports, devait intervenir au 1er janvier 2014.

Il envisage maintenant de renégocier le contrat qui lie l'Etat à Ecomouv', société contrôlée par le groupe italien Autostrade per l'Italia en association avec les sociétés Thales, SNCF, SFR et le groupe d'ingénierie informatique Steria.

Ce contrat signé en 2011 par l'ancien gouvernement de droite de François Fillon prévoit qu'Euroumouv', qui a installé les portiques (173 prévus dans le contrat), touche 250 millions d'euros par an, soit environ 20% du milliard de recettes attendu de l'écotaxe. En cas d'abandon du contrat, il est en outre prévu une pénalité d'un milliard d'euros.

Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a estimé mardi qu'il fallait "revoir toute la logique du contrat" avec Ecomouv'.

Au ministère des Transports, on reconnaissait toutefois mardi que le coût de la collecte n'était "pas si élevé", au regard de "l'investissement important nécessaire pour l'infrastructure (les portiques et les bornes)".

A l'approche des municipales, l'"écotaxe" fait aussi figure de patate chaude dans l'opposition de droite, où personne ou presque ne veut assumer la responsabilité du contrat.